Meurtre de Sarah Halimi : le parquet de Paris a fait appel de l'ordonnance des juges

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Sarah Halimi a été tuée en avril 2017.
Sarah Halimi a été tuée en avril 2017. © JACQUES DEMARTHON / AFP
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Dans une ordonnance, les juges d'instruction chargés de l'enquête sur le meurtre de la sexagénaire juive estiment "plausible" l'abolition du discernement du suspect.

Le parquet de Paris a interjeté appel lundi de l'ordonnance des juges d'instruction chargés de l'enquête sur le meurtre de la sexagénaire juive Sarah Halimi en 2017 à Paris, dans laquelle ils estimaient "plausible" l'abolition du discernement du suspect.

L'hypothèse des juges, signifiée vendredi dans une ordonnance, a relancé la crainte des parties civiles que le suspect, Kobili Traoré, 29 ans, ne soit jamais jugé, alors que le parquet de Paris avait réclamé le 17 juin son renvoi devant une cour d'assises pour "homicide volontaire" à caractère antisémite.

Les avocats des parties civiles avaient annoncé leur intention de faire appel

Selon une source proche du dossier, les magistrats instructeurs, comme le prévoit la loi, devaient saisir la chambre de l'instruction "pour apprécier les suites médicales et juridiques" à donner à cette affaire, qui a déclenché il y a deux ans un vif débat médiatique. Vendredi, des avocats des parties civiles avaient déjà annoncé leur intention de faire appel de cette ordonnance.

Dans la nuit du 3 au 4 avril 2017 à Paris, Kobili Traoré, pris d'une "bouffée délirante", selon les experts, s'était introduit chez sa voisine Lucie Attal - aussi appelée Sarah Halimi -, âgée de 65 ans, au troisième étage d'un immeuble HLM du quartier populaire de Belleville, après avoir traversé l'appartement d'une famille d'amis qui s'étaient barricadés dans une chambre. Aux cris d'"Allah Akbar", entrecoupés d'insultes et de versets du coran, ce jeune musulman l'avait rouée de coups sur son balcon avant de la précipiter dans la cour.

Selon trois expertises, le suspect ne souffre pas de maladie mentale

Trois expertises psychiatriques réalisées au cours de l'enquête concordent pour dire que le jeune homme, sans antécédent psychiatrique, ne souffre pas de maladie mentale mais qu'il a agi lors d'une "bouffée délirante" provoquée par une forte consommation de cannabis. Elles divergent cependant sur la question de l'abolition ou de l'altération de son discernement.

Dans leur ordonnance, révélée par Le Parisien, les juges estiment finalement qu'il y a des "raisons plausibles" de conclure à l'abolition du discernement de Kobili Traoré au moment des faits, autrement dit à son irresponsabilité pénale. Ils écartent également "la circonstance aggravante du caractère antisémite" du meurtre, selon une source proche du dossier.

Cette affaire avait relancé le débat sur l'antisémitisme dans certains quartiers populaires sous l'effet d'un islam identitaire, controverse ravivée un an plus tard par le meurtre d'une octogénaire juive à Paris, Mireille Knoll.