Jusqu'à 10.000 personnes ont défilé samedi 24 octobre à Lyon selon la préfecture dans le cadre de l'Acte II contre la vie chère, malgré l'interdiction de manifestation dans une partie de la capitale des Gaules. Les forces de l’ordre sont intervenues à de nombreuses reprises, notamment à coups de grenades lacrymogènes, pour disperser les cortèges formés au fil de l'après-midi.
Lycéens, étudiants, parents et syndicalistes se sont rassemblés dans le calme, place Jean-Macé dans le 7e arrondissement de Lyon, au point de départ d'une manifestation déclarée, mais finalement interdite par la préfecture, une décision confirmée par le tribunal administratif.
Après les scènes de pillage et l'incendie de l'office de tourisme, samedi 17 octobre, la préfecture avait interdit les manifestations dans un large périmètre de la ville. La foule de manifestants s’est toutefois réunie place Jean-Macé, située hors du périmètre interdit, bien décidée à poursuivre la mobilisation et à faire entendre ses revendications.
"La manifestation, elle fait partie de nos droits constitutionnels", affirme Vanessa, 50 ans, médecin urgentiste. "On est dans nos droits, on vient manifester pacifiquement", poursuit à ses côtés Garance, 25 ans, interne en médecine générale.
"Comme dans les lycées, nos conditions de travail se dégradent", souligne Garance. "Des manques de moyens, des manques de personnel dans tous les hôpitaux, des économies de bouts de chandelles sur des postes qui font que les patients attendent des heures sur des brancards", déplore Vanessa.
"Un attroupement susceptible de troubler l'ordre public"
Mais le cortège vient à peine de s'élancer lorsque les forces de l'ordre font usage de gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants. Au moment des premiers tirs, le rassemblement se déroule pourtant dans le calme, sans jets de projectiles constatés sur place.
La préfecture indique avoir contacté les organisateurs initiaux de la manifestation, qui lui ont précisé "ne plus être en charge du rassemblement". "En l'absence de déclaration et d'organisateur désigné", le rassemblement est considéré comme "un attroupement susceptible de troubler l'ordre public".
Selon la préfecture, la situation était devenue "très clairement menaçante", de nombreux participants s'étant "équipés et cagoulés en vue de commettre des violences et des dégradations". Les services de l'État assurent enfin que les sommations réglementaires ont été effectuées avant l'intervention.
Des cortèges sauvages dispersés à plusieurs reprises
Sous les gaz lacrymogènes, les manifestants quittent la place Jean-Macé. Une partie d'entre eux remonte l'avenue Berthelot pour échapper aux premiers tirs, mais se retrouve face à un nouveau cordon de policiers, qui fait à son tour usage de gaz lacrymogènes.
Pris en étau entre les deux cordons, des dizaines de manifestants se retrouvent bloqués, certains peinant à respirer sous l'effet des gaz. Plusieurs se réfugient dans les immeubles voisins, tandis que d'autres parviennent à s'échapper par la rue du Repos. Rue Nicolaï, la préfecture fait également état de jets de billes de fer.
La foule se disperse en petits groupes dans les rues alentour, avant de converger près des universités Lumière-Lyon 2 et Lyon 3. Le cortège sauvage grossit à nouveau, les slogans reprennent et les manifestants remontent l'avenue Jean-Jaurès.
À plusieurs reprises, les forces de l'ordre dispersent les manifestants à coups de grenades lacrymogènes, y compris ceux qui manifestent pacifiquement. La foule se regroupe quelques rues plus loin. Le scénario se répète tout au long de l'après-midi. Au fil des heures, les interventions policières se multiplient et les charges se font plus violentes. Des véhicules blindés Centaure de la gendarmerie sont également déployés avenue de Saxe.
En fin de journée, la mobilisation, jusque-là majoritairement pacifique, laisse progressivement place à des affrontements entre des individus masqués et les forces de l'ordre. Dans les rues adjacentes à l'avenue Jean-Jaurès, où la circulation est parfois encore maintenue, des barricades sont érigées à l'aide de barrières de chantier. Un local de chantier est renversé et des conteneurs à verre sont incendiés, nécessitant l'intervention des pompiers. Des pierres et des bouteilles en verre sont lancées en direction des policiers, également visés par des tirs de mortiers d'artifice.
Selon le dernier bilan communiqué par la préfecture du Rhône, 36 personnes ont été interpellées et 22 personnes ont été blessées, dont 18 membres des forces de l'ordre. Trois commerces ont également été dégradés.
Une Presqu'île sous haute surveillance policière
De l'autre côté du Rhône, des cordons de policiers bloquent les ponts d'accès à la Presqu'île, théâtre de violents pillages samedi 17 octobre. Dans les rues quasiment désertes du centre-ville, des agents de sécurité veillent sur les commerces dont les vitrines sont protégées par des panneaux de bois. Ce samedi, la Presqu'île n'a pas connu de scènes de pillage.