Les santons de Provence : un savoir-faire "difficile à maintenir"

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Michel Barbaudy directeur des Santons Marcel Carbonel, qui produit depuis les années 1930 des santons de Provence, évoque au micro de "La France bouge" les origines d’une tradition difficile à faire perdurer.

LA FRANCE BOUGE

Le meunier, la boulangère, le berger… et le petit jésus. Chaque année, à Noël, les mairies se déchirent au nom de la laïcité autour de la présence ou non de crèches, mais en Provence  celles-ci demeurent une vielle tradition et leurs figurines d'argile aux couleurs vives peuvent orner par centaines certains foyers. "Dans le sud, ça a démarré avec de la mie de pain, ou de la pâte à sel", raconte au micro de La France bouge, sur Europe 1, Michel Barbaudy directeur des Santons Marcel Carbonel, l'une des dernières entreprises à produire en France des santons de manière artisanale, et qui a reçu en mars 2018 le label "entreprise du patrimoine vivant."

L'origine de la crèche. Si la tradition de la crèche de Noël dans les églises remonte au Moyen-Âge, elle n'a investi les foyers qu'à la fin du 18ème siècle. "L'accès à la messe de minuit a été interdit pendant la Révolution française. C'est alors que la crèche s'est domestiquée, le peuple se l'est appropriée et l'a ramenée à la maison, en faisant des petits sujets dans différents matières", explique Michel Barbaudy. La figurine en argile est née à la fin du 18ème siècle. "En 1797, dans le quartier du Panier à Marseille, le sculpteur Jean-Louis Lagnel a inventé le santon d'argile mais aussi le moule en plâtre pour pouvoir le reproduire", poursuit-il. 

>> De 13h à 14h, La France bouge avec Raphaëlle Duchemin sur Europe 1. Retrouvez le replay de l’émission ici

En 1935, Marcel Carbonel se lance dans l'aventure. "Il a commencé comme artisan et puis, face au succès, il lui a fallu de l'aide. Il a employé deux, trois salariés et puis c'est devenu une entreprise." Quatre-vingt ans plus tard, les Santons Marcel Carbonel produisent chaque année 130.000 pièces. Un chiffre stable d'une année à l'autre, l'entreprise ne pouvant s'appuyer que sur un unique moment de consommation : les fêtes de fin d'année. "Il est difficile de maintenir des activités comme la nôtre parce que tout est fait à la main. Quand on connait les charges qui pèsent sur les entreprises au niveau de la main-d'œuvre et des salaires, il est difficile de s'en sortir", concède Michel Barbaudy.

Choisir son santon. Les Santons Marcel Carbonel se déclinent en six tailles différentes. Les figurines les plus petites, baptisées "puces", ne font que 2 cm contre 15 cm pour les plus imposantes. Toutes sont peintes à la main. "Ce qui a changé c'est que Jean-Louis Lagnel faisait des santons en terre crue, nous les avons cuits pour les rendre plus solides. Mais c'est la même méthode depuis cette époque-là", précise le patron de l'entreprise.

Et pour échapper à la monotonie, chaque année le santonnier imagine une nouvelle figurine. "Il y a les personnages d'origine, ceux de la nativité, et puis ceux de la pastorale Maurel (d'après les protagonistes d'une pièce de théâtre sur la naissance du Christ, écrite en provençal en 1844 par Antoine Maurel, ndlr) avec les bergers notamment. Mais chaque année on rajoute au moins une nouveauté, choisie dans les petits métiers d'autrefois", détaille Michel Barbaudy. Cette année, c'est la "chapelière" qui fait son entrée dans la collection. "Marseille a toujours été une place forte pour la chapellerie. On comptait quelques milliers de personnes qui travaillaient dans ce secteur. On trouvait intéressant de témoigner de ce passé."