"Il avait des bleus un peu partout sur le corps" : le père d'un détenu algérien raconte l'emprisonnement de son fils après une manifestation

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Près de 300 personnes auraient été arrêtées depuis le début du mouvement du Hirak. 0:58
Près de 300 personnes auraient été arrêtées depuis le début du mouvement du Hirak. © AFP
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Pour apaiser les tensions en Algérie, le nouveau président élu, Abdelmadjid Tebboune, s'est dit prêt à libérer les personnes "injustement emprisonnées" lors des dernières mobilisations. Près de 300 manifestants auraient été placés en détention depuis le début du mouvement de contestation. Parmi eux, Kamel, 30 ans, enfermé depuis un mois et demi. Son père raconte son arrestation au micro d'Europe 1.
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Apaiser la colère des manifestants conduits par le mouvement Hirak depuis dix mois et établir un dialogue pour l'avenir du pays seront les premiers grands enjeux du nouveau président algérien, Abdelmadjid Tebboune. Celui-ci tente déjà de faire un premier pas dans cette direction en se disant prêt à libérer les personnes "injustement emprisonnées" lors des dernières mobilisations. Les mises en détention se sont multipliées notamment à l’approche de l’élection. Selon le Comité National de libération des détenus (CNLD), une association algérienne qui regroupe proches et avocats "des détenus politiques et d’opinion", les personnes arrêtées seraient au nombre de 300 depuis le début du mouvement de contestation.

Parmi elles, Kamel, 30 ans, placé en détention provisoire le 1er novembre dernier pour avoir brandi le drapeau amazigh ("berbère"). "C’était le jour de la fête nationale, ils étaient en plein Hirak", raconte au micro d’Europe 1 son père, Yacine. "Il a été arrêté par onze policiers et a été encerclé par quarante autres représentants des forces de l’ordre… comme s’ils avaient affaire à Pablo Escobar", s’indigne-t-il.

Mon fils et ses amis n’ont rien fait de mal

Yacine et sa femme, la mère de Kamel, se rendent au commissariat pour voir leur fils. Ils ont un droit de visite renouvelable tous les quinze jours. "On l’a vu, il a été tabassé : il avait des bleus un peu partout sur le corps", confie Yacine. "Mais son moral finalement va mieux que le mien, il est très fort de caractère. En attendant, il passe son temps à lire."

Kamel n’a toujours pas connaissance de la date de son procès. "Mon fils et ses amis n’ont rien fait de mal", martèle Yacine. L’homme de 67 ans se dit "très fier" de son fils. "Ils n’ont fait qu’afficher des slogans demandant la liberté et un pays honnête ! Dans les manifestations, ils prennent aussi des enfants. Au lieu de les envoyer dans des universités, ils les envoient en prison. Ça ne peut pas durer. Tout ce que je veux, c’est qu’on relâche tous ces prisonniers. C’est la première chose à faire. Après on pourra discuter. Reste à savoir avec qui et comment."