Elevage industriel : les financements passés au crible par des journalistes d'investigation

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Image d'illustration © AFP
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Les financements de l'élevage industriel émanant de la Banque Mondiale et de la Banque Européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) ont été massifs ces dernières années, selon un groupe de journalistes d'investigation européens.

La Banque Mondiale et la BERD ont massivement investi depuis dix ans, à hauteur de 2,3 milliards d'euros, dans des méga-élevages et des filières industrielles de viande ou de produits laitiers, relève vendredi un groupe de journalistes d'investigation européens. Le Bureau of investigative journalism (BIJ), le quotidien britannique The Guardian, et le média d'investigation français à but non lucratif Disclose publient vendredi le résultat d'une enquête de trois mois analysant les données publiques mises à disposition pour la première fois par la Société Financière internationale (IFC), le bras financier de la Banque Mondiale pour le secteur privé, et la Banque Européenne pour la reconstruction et le développement (BERD), portant sur le détail de leurs dix dernières années de financement.

"Ces différents projets sont en totale contradiction avec les engagements"

Selon les auteurs de l'enquête, des poids lourds de l'agroalimentaire mondiale ont bénéficié de la générosité de ces organismes de développement "en contradiction avec des engagements de lutte contre le changement climatique". Si une partie des investissements a été réalisés dans des pays où la consommation de viande par habitant est très faible, comme l'Éthiopie, d'autres ont ciblé des pays où elle est déjà forte, à l'image de l'Ukraine, de la Chine ou de la Roumanie, souligne Disclose. "Ces différents projets sont en totale contradiction avec les engagements de la BERD et de l'IFC en faveur de la lutte contre le changement climatique et la mise en place de politiques d'investissements écoresponsables", poursuit Disclose.

"Une incohérence d'autant plus criante que l'élevage industriel est aujourd'hui responsable de près de 15% des émissions de gaz à effets de serre (GES)", souligne le média, qui a déjà révélé depuis sa création en décembre 2018 l'utilisation d'armes françaises au Yemen ou des affaires de pédophilie dans le sport. D'après l'enquête, la filière laitière a obtenu plus de 890 millions d'euros investis dans le développement de méga-fermes et de transformation de produits laitiers, la filière de la volaille 445 millions d'euros, et celle du porc autant. Parmi les bénéficiaires, le groupe laitier français Lactalis a obtenu en 2016 un prêt de 15 millions d'euros de la BERD pour financer sa filiale Foodmaster au Kazakhstan.

Les réponses de la Société Financière internationale

En 2010, la BERD avait pris une participation dans des filiales d'Europe de l'Est et d'Asie centrale du groupe français Danone. Un parc d'engraissement de bovins à Madagascar, propriété du groupe SMPT, un conglomérat de plus de 20 entreprises, a lui reçu 3,11 millions d'euros pour financer une filière de production et d'exportation de viande de boeuf au Moyen-Orient. Le plus grand transformateur de viande de porc du monde, l'américain Smithfield Foods, filiale du groupe chinois WH, a obtenu un prêt de 53 millions d'euros de l'IFC pour développer son activité en Roumanie.

Récemment, l'IFC a validé un prêt de 54 millions de dollars (48 millions d'euros) à la société indienne Suguna le plus gros fournisseur de poulets du pays et l'un des dix plus gros producteurs mondiaux de volailles pour accompagner son développement au Kenya et au Bangladesh. Dans sa réponse, l'IFC se justifie en expliquant que ses financements répondent à une demande, l'élevage étant un pilier de la sécurité alimentaire et de la réduction de la pauvreté dans un grand nombre de pays, tout en reconnaissant que le secteur possède aussi "une empreinte environnementale et climatique importante".

La BERD quant à elle souligne que les financements liés à ce secteur ne représentent que 1% de ses investissements commerciaux et insiste sur le fait que viande et lait demeurent indispensables à l'équilibre alimentaire, surtout dans les pays en développement.

Europe 1
Par Europe 1 avec AFP