Didier Seban : "A l'époque de l'affaire Grégory, on ne savait pas prélever l'ADN sur une scène de crime"

Photo prise, le 31 octobre 1985, à Lépanges-sur-Vologne de la reconstitution de l'assassinat de Grégory Villemin en présence des parents de l'enfant, Christine et Jean-Marie, des témoins, Gilbert Colinet et Mme Claudon, des deux avocats des deux parties et du juge.
Photo prise, le 31 octobre 1985, à Lépanges-sur-Vologne de la reconstitution de l'assassinat de Grégory Villemin en présence des parents de l'enfant, Christine et Jean-Marie, des témoins, Gilbert Colinet et Mme Claudon, des deux avocats des deux parties et du juge. © MARCEL MOCHET / AFP
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A.D
Avocat spécialisé dans les "cold case", ces affaires irrésolues, Didier Seban explique comment le temps qui passe peut finalement être une aide à la résolution des affaires criminelles.
INTERVIEW

L'affaire Grégory, l'un des plus grands mystères criminels français, connaît un incroyable rebondissement, 33 ans après que l'enfant ait été retrouvé pieds et poings liés dans la Vologne. Didier Seban, avocat spécialiste des affaires criminelles non résolues, ce qu'on appelle les "cold cases" dans les séries américaines, était l'invité de l'émission C'est arrivé cette semaine, samedi. Pour Europe 1, il explique comment il est possible de découvrir des éléments de réponse des années après les faits.

Prélèvements, logiciels. En trois décennies, la police scientifique a beaucoup évolué. "On peut découvrir des traces, des éléments qu'on ne savait pas voir avant. A l'époque de l'affaire Grégory, on ne savait pas prélever l'ADN sur une scène de crime", souligne Didier Seban. "On a beaucoup parlé du logiciel AnaCrim, un logiciel de comparaison qui permet de réunir un certain nombre d’éléments et de faire resurgir ce que l'humain ne sait pas voir." Le dossier Grégory Villemin contient des dizaine de milliers de pages et des centaines de témoignages, des constatations des gendarmes, des lettres anonymes, rappelle l'avocat, soit une masse d'informations considérables. "Quand un enquêteur commence le dossier, il lui faut un an pour le finir. Quand il le finit, il oublie ce qu'il a lu au début."

Quand le temps se change en atout. Les progrès de la science permettent donc de résoudre des affaires longtemps après les faits. Le temps qui passe peut même apporter des avantages. "Des enquêteurs qui regardent avec un œil neuf, c'est un superbe atout", avance Didier Seban. Autre argument en faveur du temps : "les gens peuvent avoir, dans leur parcours de vie, des éléments postérieurs à l'affaire qui permettent de les identifier". Le point négatif est le faible niveau de moyens d'enquête : "On en manque cruellement en France. En Bourgogne, les enquêteurs criminels sont cinq, un peu plus en gendarmerie." 

Des aboutissements après un long travail d'enquête. Certaines affaires aboutissent ainsi au bout d'un long temps d'enquête. "Dans l'affaire des disparus de l'Yonne, on avait découvert le cadavre d'une jeune femme dont il ne restait quasiment que les os. Un gendarme était allé voir tous les dentistes de la région pour savoir si l'un était intervenu sur cette mâchoire et ça avait matché. C'est comme ça qu'a été identifié la jeune femme, puis Emile Louis dans le voisinage de toutes les disparues."

L'avocat cite aussi l'affaire Michel Fourniret. "En Belgique, une jeune fille arrive à s'échapper de sa camionnette. Les Belges viennent de rater l'affaire Dutroux donc ils vont mettre tous les moyens sur cette enquête. Ils vont interroger Michel Fourniret et Monique Olivier plus d'un an avec que cette dernière n'avoue."