Boom d'appels au 17 : il n'est "pas utile" d'appeler pour dénoncer "le non-respect des règles de confinement"

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© DENIS CHARLET / AFP
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Plus de 300% d'appels au 17 au début du confinement et jusqu’à deux fois plus d’appels encore ce vendredi : les plateformes de la police sont saturées, parfois inutilement, en partie par des dénonciations entre voisins, comme en témoignent sur Europe 1 deux commissaires d'Amiens et de Paris.

Comment s'organise notre sécurité au quotidien, en période de confinement et de crise sanitaire ? La police compte jusqu’à 2 fois plus d’appels au 17 depuis le début des restrictions de déplacement, en partie liés à de la délation ou des demandes d'information... ce qui complique les réponses aux vraies urgences. Le commissaire Hugo Arer, chef du département commandement opérationnel à la préfecture de police de Paris, et David Preud’homme, ​commissaire central d’Amiens et directeur départemental de la sécurité publique, en témoignent sur Europe 1.

Pic d'appels "de gens stressés" et dénonciations "de voisins"

"C'est une crise à laquelle nous avons dû nous adapter en nous reconcentrant sur notre cœur de métier : la police-secours, l'urgence judiciaire, et puis les missions "Covid" de contrôle du confinement de la population qui nous occupent énormément", rappelle David Preud’homme, ​commissaire central d’Amiens et directeur départemental de la sécurité publique. A Amiens, sur 11.000 contrôles, on compte environ 1.400 verbalisations, soit un peu plus de 10%.

Et justement, ces missions de contrôle ont parfois pris un tour étonnant. D'abord, les appels au 17 ont explosé. "Nous avons eu, dès le 17 mars, un pic énorme d’activité : plus de 300% d’appels ! Depuis 10 jours, nous restons sur plus 50% d’appels", précise David Preud'homme. Sur la zone de la préfecture de police de Paris, qui englobe Paris et trois départements de la petite couronne, on a atteint jusqu’à 8.000 appels par jour, alors que c’est d’habitude entre 5.500 et 6.000 pour les grosses journées.

Ce sont des appels "de gens stressés, qui posent des questions, se demandent s'ils peuvent faire venir leur femme de ménage ou aller faire leurs courses, s'ils ont le droit de remplir l'attestation au crayon à papier...", détaille David Preud’homme. Mais fait nouveau, des personnes appellent aussi désormais... pour dénoncer leurs voisins. "Ce sont des comportements qu'on observe en ce moment. On est dans un état d’esprit particulier, le président de la République a parlé de guerre et on retrouve des réflexes de guerre, comme dans les magasins où les gens pillent des rayons et craignent le rationnement...", rappelle le commissaire. "Et lorsqu’ils se tournent vers nous, ils dénoncent l'incivisme, ils dénoncent leurs voisins".

Les exemples à ce sujet "sont quotidiens", assure-t-il. Des propos confirmés par le commissaire Hugo Arer : "Des particuliers nous appellent pour signaler que leurs voisins ont invité à dîner des personnes, et donc ne respectent pas le principe de confinement. On a également des personnes qui appellent pour savoir s'ils doivent cocher telle ou telle case sur l’attestation de déplacement dérogatoire".

Le 17 doit être réservé aux appels urgents

Problème : cela "sature le système d’appels d’urgence, met en attente les appels et ne permet pas de répondre aux appels des personnes qui, elles, sont vraiment victimes et doivent bénéficier de réponses rapides, - je pense entre autres aux victimes de violences conjugales", s'inquiète ce commissaire. Un sujet sur lequel les équipes d'Amiens se préparent elles aussi aussi à "être réactives".

Il rappelle donc qu'"il n’est pas utile pour un particulier d'appeler pour signaler le non-respect des règles de confinement". Le 17 n'est pas fait pour ça et doit être réservé aux appels urgents. C'est pourquoi, sur le site de la police nationale, un tchat est désormais ouvert 7 jours sur 7 de 8h à 21h pour répondre aux questions des Français. "Pour appeler le 17, il faut rencontrer une vraie situation d’urgence pour soi même ou pour autrui, être victime d’une agression physique ou d’une atteinte à ses biens ou être témoin de cela pour autrui", conseille Hugo Arer.

D'autant qu'à Paris - et sur les trois départements de petit couronne - a été mis en place "un dispositif 24h/24 avec des patrouilles et rondes dynamiques, des points de contrôles" et que la police dispose de caméras de vidéosurveillance. Rappelons aussi que pour toute information concernant le Covid-19 ou les attestations, il faut appeler le numéro vert 0800 130 000.

Europe 1
Par Salomé Legrand, Matthieu Belliard, édité par Séverine Mermilliod