Baisse des naissances en temps de Covid : il s'agit de "projets familiaux reportés", relativise Hervé Le Bras

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L'angoisse de la maladie et la fermeture des centres de PMA semblent avoir eu un impact significatif sur la natalité. 4:02
L'angoisse de la maladie et la fermeture des centres de PMA semblent avoir eu un impact significatif sur la natalité. © pixabay.com / Christianabella
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L'Insee a enregistré une chute vertigineuse du nombre de naissances en janvier 2021 par rapport au même mois de l'année précédente. Si la pandémie et le confinement semblent en cause, le démographe Hervé Le Bras explique qu'une tendance à la baisse de la natalité était déjà à l'œuvre et que les projets familiaux seront reportés à la sortie de crise.
INTERVIEW

Selon l'Insee, les naissances en France ont chuté de 13% en janvier 2021 par rapport à janvier 2020, un chiffre inédit depuis 1975 qui témoigne du fort sentiment d'anxiété qui domine avec l'éclatement de l'épidémie de Covid-19. Invité d'Europe 1 vendredi, le démographe et directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, Hervé Le Bras, a tenu à rassurer : "Dans une situation de crainte, de panique, d’incertitude, les couples remettent à un peu plus tard la naissance d’un enfant."

Il y a neuf mois, la France était au cœur de la première vague de décès et vivait au rythme des bilans quotidiens des autorités de santé. Parmi les premiers facteurs explicatifs de cette baisse de la natalité figurent la peur des parents de voir leur nouveau-né contaminé par le virus mais aussi la fermeture des centres de procréation médicalement assistée. Hervé Le Bras concède que le confinement a eu une sorte "d'effet flash" avec un impact immédiatement mesurable, contrairement à la crise de 1929 ou au premier choc pétrolier de 1973, dont les effets sur les naissances avaient été observés quelques années plus tard.

"Il n’y a pas de raison qu’il y ait un baby-boom ou une reprise"

Mais, pour le démographe, cet "incident" n'est pas de nature à engendrer une baisse durable de la natalité. "Il est rare qu’un événement brusque modifie des tendances des long terme comme la fécondité. Les changements de régime de la fécondité surviennent une fois tous les 20 ou 30 ans", explique-t-il, ajoutant que les naissances seront des "projets familiaux reportés".

Une tendance antérieure à la pandémie est néanmoins déjà à l'œuvre. Autrefois championne de la natalité en Europe, la France enregistre une baisse lente du nombre d'enfants par femme. "C’est une baisse qui risque de durer", affirme Hervé Le Bras. "Il n’y a pas de raison qu’il y ait un baby-boom ou une reprise. Nous allons glisser lentement, mais ce n’est pas l’incident du confinement qui va changer grand-chose".

Europe 1
Par Antoine Cuny-Le Callet