Assassinat du préfet Érignac : l'ex-patron de l'antiterrorisme soupçonné de "dénonciation calomnieuse"

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Roger Marion, ancien policier de 71 ans, est visé depuis 2014 par une plainte de deux nationalistes corses.
Roger Marion, ancien policier de 71 ans, est visé depuis 2014 par une plainte de deux nationalistes corses. © AFP
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Accusé par des nationalistes corses d'avoir fabriqué de fausses preuves pour les impliquer dans l'enquête sur l'assassinat du préfet Erignac, Roger Marion est soupçonné par la justice de "dénonciation calomnieuse"

Accusé par des nationalistes corses d'avoir fabriqué de fausses preuves pour les impliquer dans l'enquête sur l'assassinat du préfet Erignac, l'ex-patron de l'antiterrorisme Roger Marion est désormais soupçonné par la justice de "dénonciation calomnieuse", a-t-on appris mercredi auprès de l'avocat des plaignants.

L'ancien policier de 71 ans est visé depuis 2014 par une plainte de Serge Serpentini et Mathieu Filidori, gérants du domaine de Pinia, en Corse du Sud, où des explosifs avaient été découverts en septembre 1998 par la DNAT (Division nationale anti-terroriste) alors dirigée par Roger Marion.

Des explosifs dissimulés. Le 21 mars, Roger Marion a été placé par un juge d'instruction parisien sous le statut de témoin assisté, intermédiaire entre celui de simple témoin et celui de mise en examen, a révélé mardi Le Parisien et a confirmé Me Emmanuel Mercinier-Pantalacci, avocat des deux plaignants. "Mes clients reprochent à Roger Marion d'avoir fait placer des explosifs sur leur domaine agricole ce qui a conduit à leur mise en examen pendant 18 ans sans jamais avoir été auditionnés", a déclaré l'avocat. Ils se fondent notamment sur le témoignage d'un ancien gardien de leur domaine qui a affirmé, lors de plusieurs procès liés à l'assassinat du préfet Érignac, avoir été contraint de dissimuler ces explosifs par Roger Marion et un responsable des renseignements généraux.

Des liens supposés entre syndicalistes et nationalistes armés. À l'époque, Roger Marion s'était lancé sur cette "piste agricole" en raison de liens supposés de syndicalistes corses avec le nationalisme armé, estimant que le préfet Claude Érignac aurait pu être assassiné pour s'être opposé au monde agricole. Dans ce volet de l'enquête, quelque 650 personnes ont été entendues, 350 placées en garde à vue et 42 mises en examen. Le véritable commando, objet d'une procédure distincte, avait été arrêté en 1999.

"Faute lourde". Le 30 juin 2016, une juge antiterroriste a prononcé un non-lieu général dans ce volet de l'enquête resté ouvert malgré l'arrestation et les condamnations définitives des membres du commando et d'Yvan Colonna. En mars 2017, neuf personnes dont Mathieu Filidori et serge Serpentini, innocentées 18 ans après leur mise en examen, ont obtenu à Paris la condamnation de l'État pour "faute lourde" et le versement à chacune de 100.000 euros de dommages et intérêts. "L'État a fait appel et je vais plaider en septembre", a précisé Me Mercinier-Pantalacci. Contacté par l'AFP, les avocats de Roger Marion n'étaient pas joignables. Selon Le Parisien, il a une nouvelle fois dénoncé ces accusations chez le juge.