Meurtre d'Agnès : le procès à huis clos

Messages de soutien à l'effigie d'Agnès déposés devant le domicile des parents en novembre 2011.
Messages de soutien à l'effigie d'Agnès déposés devant le domicile des parents en novembre 2011. © MAXPPP
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avec AFP , modifié à
La famille d'Agnès Marin souhaitait la publicité des débats. La cour en a décidé autrement.

L'INFO. C'est un lourd procès qui s'est ouvert mardi, jusqu'au 28 juin, devant les assises des mineurs de Haute-Loire. Celui de Matthieu, l'assassin et violeur présumé d'Agnès, la collégienne de 13 ans retrouvée calcinée en novembre 2011 au Chambon-sur-Lignon. Il sera également jugé pour le viol, un an plus tôt, d'une mineure dans le Gard. Ce drame avait suscité un profond émoi en France et déclenché une vive polémique sur l'évaluation de la dangerosité et le suivi judiciaire des délinquants sexuels. Le gouvernement Fillon avait alors dénoncé des "dysfonctionnements" dans le suivi du jeune homme. Ce procès de neuf jours se tiendra à huis-clos à la demande de la première victime de Matthieu. Une décision contraire à ce que souhaitait la famille de la victime.

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Son corps retrouvé carbonisé en forêt. La victime et son meurtrier présumé étaient tous deux internes au collège-lycée Cévenol, un établissement privé select du Chambon-sur-Lignon. Agnès, parisienne et élève de troisième disparait le 16 novembre 2011, après une après-midi libre. D'importantes recherches sont alors organisées. Matthieu, élève de première, y participe. Mais très vite les soupçons se portent sur ce garçon, griffé au visage.

Placé en garde à vue le 17 novembre 2011, ce "mineur très froid et sans émotion", selon le parquet, dirige le lendemain soir les enquêteurs vers un ravin d'une forêt des environs. Ils retrouvent le corps carbonisé d'Agnès. Matthieu reconnait alors avoir attirée la jeune fille dans la forêt sous prétexte de chercher des champignons hallucinogènes. Outre les violences sexuelles, l'autopsie révèle qu'Agnès a reçu dix-sept coups de couteau dans le thorax et à la tête. Son ADN est également isolé dans une tache de sang sur le jean porté par Matthieu ce jour-là.

Matthieu, sous contrôle judiciaire strict. Matthieu avait intégré l'internat un an plus tôt. Cette arrivée s'inscrivait dans le cadre d'un contrôle judiciaire strict. Le jeune homme sortait alors de quatre mois de détention provisoire pour le viol sous la menace d'une arme d'une amie d'enfance de 16 ans, dans le Gard. Mis en examen à Nîmes, le 2 août 2010, il avait été remis en liberté par le juge des libertés "sur réquisitions conformes" du parquet.  Suivi par la Protection Judiciaire de la Jeunesse du Gard (PJJ), Matthieu était notamment astreint à un "suivi psychiatrique ou psychologique" afin de prévenir tout risque de récidive".

 

21.11 Le lycée Cévenol au Chambon-sur-Lignon. 930620

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A compter de février 2010 il avait rencontré à douze reprises un psychothérapeute indépendant dans les locaux du collège.  A l'époque, le directeur du collège-lycée Cévenol, Philippe Bauwens, avait assuré ne "pas avoir connaissance du passé judiciaire" de Matthieu. Pour Me Francis Szpiner, l'avocat de la famille Marin, il y a eu un "dysfonctionnement de l'institution judiciaire" et le sentiment de cette famille est que si la justice n'avait pas libéré une première fois l'accusé, il serait en prison et leur fille vivante.

La famille voulait un procès public. "Je redoute l'opacité, la tentation de jeter un voile pudique sur des choses qui sont horribles, pour des raisons de bienséance et de morale. J'ai peur que l'intérêt collectif soit d'en faire le moins possible", avait confié le père d'Agnès, lundi, au micro d'Europe 1.

>> Le père d'Agnès souhaite "que tout soit étalé au grand jour" :

A la veille de l'ouverture du procès, Frédéric Marin avait affirmé sa volonté de voir Matthieu jugé comme un adulte. Il "avait 18 ans moins deux mois au moment des faits, il est donc mineur juridiquement, mais il a tué (...) comme un adulte, en plein jour, de sang froid. (...) Je demande que les 15 jours de procès soient publics, c'est la meilleure transparence pour savoir s'il y a eu des dysfonctionnements", a-t-il plaidé. "Il y a moins de deux ans, j'avais une fille de 13 ans, qui était pétulante de vie, qui n'avait aucun problème dans la vie, si ce n'est de grandir".