Chaude ambiance pour Fabius au Sénat

Laurent Fabius a été contraint de s'interrompre à plusieurs reprises face aux huées de la droite.
Laurent Fabius a été contraint de s'interrompre à plusieurs reprises face aux huées de la droite. © MAXPPP
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avec AFP
Laurent Fabius a lu le discours de politique générale sous les interpellations de l’UMP.

Le Sénat n’avait pas habitué les observateurs à un tel climat. Accoutumée aux ambiances feutrées, la Chambre haute a connu une ambiance houleuse mardi à l’occasion de la lecture, par Laurent Fabius, du discours de politique générale de Jean-Marc Ayrault.

La palme de la véhémence à Joissains

"Quelles sont vos solutions ?", "Ben voyons !", "Faut pas exagérer!" "Ça manque de sous!" : le discours lu par le ministre des Affaires étrangères a souvent été ponctué d'interpellations venant des rangs de l'UMP notamment quand il fut question du bilan du quinquennat de Nicolas Sarkozy.

La palme de la véhémence est revenue sans conteste à la sénatrice des Bouches-du Rhône Sophie Joissains, qui a contraint Laurent Fabius à s’interrompre à plusieurs reprises. "Madame, nous avons noté que vous étiez présente", lui a lancé l’hôte du Quai d’Orsay. Le président PS du Sénat, Jean-Pierre Bel, qui présidait la séance, a également dû intervenir. "Madame, le Sénat est cité souvent pour sa courtoisie, je vous demande d'avoir la gentillesse de vous en souvenir", a-t-il tancé tandis que les sénateurs de la majorité présidentielle commençaient à s'énerver et que certains claquaient leur pupitre, criant "ça suffit, ça suffit". La suspension de séance n’était pas loin.

Seule la Syrie a fait consensus

Par ailleurs, un "Taubira, Taubira!" a fusé des rangs de la droite quand la déclaration a abordé le thème d'une "réponse ferme" sur les questions de sécurité. Et le rappel de la promesse de François Hollande sur le droit de vote des étrangers a été hué. A chaque protestation de l'opposition ont répondu des applaudissements des élus de gauche.

Finalement, seule la dénonciation de la situation en Syrie a recueilli l'accord de l'ensemble des membres de l’hémicycle du Palais du Luxembourg où le gouvernement était représenté, outre par Laurent Fabius, par George Pau-Langevin (Réussite éducative) et Hélène Conway (Français de l'étranger). La déclaration du gouvernement a été saluée par une standing ovation de la majorité.

"Vous pourriez plutôt présenter des excuses"

La tension est ensuire remontée d’un cran au moment d’évoquer l'organisation des débats. Catherine Troendle (UMP) et le patron des centristes François Zocchetto ont ainsi protesté contre le fait que la déclaration que fera mercredi Jean-Marc Ayrault au Sénat ne soit pas suivie d'un vote. Il s'agit "de masquer les divisions internes de la majorité" a critiqué l’élue, tandis que pour son collègue, "le gouvernement n'a pas confiance dans la majorité sénatoriale".

La réponse de la gauche a été virulente. Le président du groupe PS, François Rebsamen, s'en est pris au "manque de respect" de la droite "au moment où la France est confrontée aux plus grandes difficultés par l'héritage laissé par votre gouvernement". "Vous pourriez plutôt présenter des excuses pour avoir laissé le pays dans cet état-là", a renchéri le président des écologistes Jean-Vincent Placé.

La séance s'est terminée par un vote d'approbation de l'ordre du jour du Sénat pour les semaines à venir, la majorité ne l'emportant que de justesse (174 voix contre 168) témoignant de son étroitesse.