Comprendre le scandale du trafic de gaz réfrigérants en quatre questions

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Des millions de tonnes de gaz HFC ont été importées illégalement en Europe. Photo d'illustration.
Des millions de tonnes de gaz HFC ont été importées illégalement en Europe. Photo d'illustration. © Marc SEROTA / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
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Une association écologiste britannique révèle l'existence en Europe d'un vaste trafic de HFC, des gaz réfrigérants bien plus polluants que le CO2.
ON DÉCRYPTE

C'est un véritable scandale économique et environnemental dont Le Monde se fait l'écho, mardi : les hydrofluorocarbures (HFC), des gaz réfrigérants 15.000 fois plus polluants que le dioxyde de carbone et utilisés dans les secteurs de la climatisation et de la réfrigération, ont été introduits et vendus illégalement dans l'Union européenne.

Cela se traduit par l'existence d'un vaste marché noir de substances nocives, selon l'Environmental Investigation Agency (EIA) (rapport en anglais), une association britannique. Au total, ce sont respectivement 8,7% et 16% du quota autorisé des HFC pour 2017 et 2018 en Europe qui sont concernés par ces importations échappant au contrôle des autorités.

Les hydrofluorocarbures, c'est quoi ?

Sous ce vocable un peu compliqué se cache le nom des gaz réfrigérants de deuxième génération, l'une des six principales catégories de gaz à effet de serre. Avant la fin des années 1980, les industriels du secteur utilisaient des chlorofluorocarbures (CFC), comme le fréon. Mais les États ont décidé 1987 de'arrêter leur production et leur consommation, qui représentaient un désastre pour la planète. Problème : les HFC qui les ont remplacés aujourd'hui dans les réfrigérateurs et les climatiseurs sont tout aussi nocifs, avec un effet 100 à 300 fois supérieur au CO2 sur le réchauffement climatique.

Pourquoi ce trafic pose-t-il problème ?

Si l'accord de Kigali, ratifié en 2016 par 69 pays, fixe un objectif de 85% de réduction des HFC d'ici 2047 et amorce une baisse de l'utilisation de ces gaz dans le monde, le trafic révélé par l'Environmental Investigation Agency (EIA) vient freiner ces avancées et pénaliser la politique climatique de l'Union européenne.

" Ce trafic a d’importantes conséquences sur l’environnement, la sécurité et l’économie "

Concrètement, explique Le Monde, la fin programmée des HFC en Europe a indirectement développé le marché noir pour ces gaz, devenus très chers avec une plus grande demande. Introduits illégalement dans l'Union européenne, ils transitent par la Grèce, la Turquie, la Bulgarie ou encore l'Ukraine avant de gagner toute l'Europe.

"Ce trafic a d’importantes conséquences sur l’environnement, la sécurité et l’économie et a des répercussions sur la stabilité du marché en Europe", déplore Nick Campbell, président du European FluoroCarbons Technical Committee, qui représente les industriels des HFC. Et les pays de l'UE aux frontières de l'espace communautaire ont perdu des millions d'euros en droits de douane.

Est-il possible de mettre fin à ce trafic ?

Oui, mais ça n'est pas si facile. L'accord de Kigali ne va "pas résoudre le problème puisque certains États, comme la Chine, ne vont geler leur production qu’en 2024, voire en 2028 pour l’Inde, avant de la réduire", affirme au quotidien Clare Perry, chargée de la campagne climat de l'association à l'origine de ces révélations. Cela pourrait inciter certains à continuer de vendre ces gaz en Europe, avec une réglementation plus drastique. Pour contrer le trafic, l'association EIA conseille, entre autres recommandations, de contrôler plus étroitement le commerce de ces gaz.

Les industries peuvent-elles se passer de ces gaz polluants ?

Pour l'heure, pas vraiment. Si l'Europe a fait un grand pas vers la baisse de l'utilisation de ces gaz, les alternatives comme l'ammoniac ou le propane restent encore chères, moins connues et moins pratiques que les HFC, encore très demandés. C'est un peu comme le principe des voitures électriques, a priori moins polluantes que les véhicules à moteur thermique, mais dont les technologies ne sont pas encore arrivées à maturité pour équiper des populations entières.

Europe 1
Par Thibaud Le Meneec

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