"On manque de généralistes parce qu'ils ont été maltraités"

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Guy Vallancien, professeur d'urologie à l’université Paris Descartes, était l'invité de David Abiker dans C'est arrivé cette semaine, pour aborder le problème du numerus clausus qui encadre les études de médecine. 

"La ministre c'est mis à dos tout le corps médical, des internes jusqu'aux professeurs de médecine. Il sera très difficile d'impulser des innovations politiques dans un tel cadre", a réagi Guy Vallancien, quelques jours à peine après le remaniement ministériel qui voit Marisol Touraine conserver son poste au ministère de la Santé. Mercredi, la ministre a présenté, accompagné de Manuel Valls, les principales mesures du gouvernement pour le monde médical, lors de la grande conférence de la santé. Invité de David Abiker, samedi matin sur Europe 1, dans C'est arrivé cette semaine, ce chirurgien et professeur d'urologie à l'université Paris-Descartes, est revenu sur le problème du numerus clausus imposé aux études de médecine. 

Le problème des cursus médicaux à l'étranger. "La limitation du nombre d'étudiants date de 1970 (numerus clausus)", explique Guy Vallancien. Dans les années 1990, le nombre a été fixé à 3.500, précise-t-il, avant d'être relevé de nouveau par peur de manquer de médecins. "Aujourd'hui, le numerus clausus fait que l'on colle des jeunes français - ils ont plus que la moyenne, mais ne peuvent pas entrer en médecine - qui vont faire leurs études à l'étranger et revenir ensuite passer les épreuves nationales", poursuit l'auteur de La médecine sans médecin ? Mais "le concours de l'internat n'est plus un concours, c'est simplement une épreuve où l'on classe". Autrement dit, tout le monde est accepté, même les derniers du classement national. Ceci peut entraîner quelques problèmes, comme ces internes formés en Roumanie et exclus, à leur retour en France, de leur service hospitalier de Villeneuve-Saint-Georges, pour incompétence. Ces étudiants avaient d'ailleurs pour point commun d’occuper les dernières places, entre la 8.688e et la 8.876e sur un total de 8.881.  

"De canton en canton, les maladies ne sont pas les mêmes". A l'occasion de la grande conférence de la santé, une régionalisation du numerus clausus a été proposée afin de s'adapter aux besoins de chaque territoire. Déjà expérimentée depuis 2015 dans une dizaine de régions déficitaires, cette mesure va se poursuivre et être généralisée à l'ensemble du territoire. Une initiative qui satisfait le chirurgien : "Il faut cesser de faire du national, car le phénomène loco-régional est majeur. De cantons à cantons, les maladies ne sont pas les mêmes, les habitudes ne sont pas les mêmes, et il faut tenir compte de cela en matière de santé." "Il faut jouer très local, régionaliser la santé : à la fois sur la formation, sur le nombre de médecins et sur le financement", insiste Guy Vallancien. 

Les généralistes en souffrance. Le manque de généralistes est-il lié à cette limitation des effectifs ? "On manque de généralistes parce qu'ils ont été maltraités. C'étaient les hussards blancs de la République, réellement", souligne Guy Vallancien. "Corvéables, sans compter, jour et nuit, tous les jours de la semaine et de l'année !" Cependant, désormais, "avec la paperasserie qui leur est demandée, le prix dérisoire de la consultation, comment voulez-vous qu'ils puissent s'installer ?" interroge le professeur d'urologie. Au cœur de la capitale, l’immobilier inaccessible rend difficile une implantation, tandis qu'en campagne, "il n'y a plus personne". Toutefois, "nous gardons un niveau de qualité médicale, peut-être le premier au monde encore, en termes de pratique", rassure le chirurgien et urologue. 

>> Retrouvez tous les samedis matin, de 9 à 10 heures, l'émission de David Abiker, "C'est arrivé cette semaine". 

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Par Europe 1