Crise nationale aux urgences : "Agnès Buzyn est en train de tuer l'hôpital public"

Le porte-parole de l'Association des médecins urgentistes de France, Christophe Prudhomme, dénonce sur Europe 1 "les propos scandaleux" d'Agnès Buzyn, qui a évoqué mardi le "dévoiement" des arrêts maladie par les urgentistes de l'hôpital Lariboisière de Paris, mobilisés pour alerter sur l'état de leurs conditions de travail.

C'est un mouvement social qui prend de l'ampleur : depuis mi-mars, plusieurs dizaines de services d'urgences sont en grève pour protester contre la dégradation de leurs conditions de travail. Ces derniers jours, un palier a été franchi avec une recrudescence d'arrêts maladie dans plusieurs établissements, comme à Chalon-sur-Saône, en Saône-et-Loire, et à Lons-le-Saunier, dans le Jura. Dans la nuit de lundi à mardi, c'est l'équipe de nuit des urgences de l'hôpital Lariboisière, à Paris, qui s'est mise en arrêt maladie et ne s'est pas présentée au travail.

Aux urgences, des personnels "détruits"

"Les personnels sont en arrêt parce qu'ils veulent se protéger. Psychologiquement, ils sont détruits", alerte sur Europe 1 Christophe Prudhomme, porte-parole de l'Association des médecins urgentistes de France. "Les conditions de travail, quand on sait que les patients sont potentiellement en danger, [mettent le personnel dans] un stress permanent."

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Dans le viseur du médecin urgentiste à l'hôpital Avicennes de Bobigny et des personnels mobilisés se trouve Agnès Buzyn. Mardi, la ministre de la Santé a déclaré sur France Inter qu'utiliser les arrêts maladie pour protester revenait à "dévoyer" ce système, avec "une surcharge de travail pour les autres".

" Agnès Buzyn met les patients en danger "

"Les propos tenus par Madame Buzyn sont proprement scandaleux", s'emporte Christophe Prudhomme sur notre antenne. "Madame Buzyn est aujourd'hui en train de tuer l'hôpital public, elle met les patients en danger. Son rôle, en tant que ministre, est d'assurer la sécurité des patients en permettant aux professionnels de santé de travailler en sécurité, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui."

Plus globalement, l'urgentiste dénonce l'attitude "méprisante" du gouvernement dans ce dossier : "Elle [Agnès Buzyn, NDLR] ne travaille pas avec nous. Il y a un collectif et des syndicats qui ont déposé des préavis de grève, nous n'avons pas été reçu jusqu'à présent." Selon lui, "la ministre ment" lorsqu'elle dit qu'elle "cherche des solutions" et qu'elle "travaille avec les urgentistes".

De nouvelles actions envisagées

"Quand Emmanuel Macron dit qu'il ne fermera aucun hôpital, aujourd'hui, on ferme des services, des maternités et des malades attendent sur des brancards pendant des heures parce qu'on n'a plus assez de lits", poursuit l'urgentiste. "C'est ça la réalité des urgences aujourd'hui. Les politiques, aujourd'hui, mentent honteusement, alors que notre système de santé est en grande difficulté et que les professionnels souffrent douloureusement. On n'a même pas la bienveillance de nos directions locales, qui ne pensent qu'à équilibrer le budget à la fin de l'année."

Le conflit entre le gouvernement et les services d'urgence ne semble donc pas prêt de s'arrêter. Va-t-il s'étendre avec de nouvelles actions les nuits prochaines ? "Si la ministre persiste dans son refus de recevoir les représentants des salariés, le collectif Inter-urgences, avec les syndicats, oui (cela va s'étendre), parce que le personnel soignant n'est pas le seul à utiliser ce mode de protestation : il y a quelques mois, c'est une compagnie de CRS entière qui s'est mise en arrêt maladie", rappelle Christophe Prudhomme, alors qu'une manifestation du secteur des urgences doit avoir lieu jeudi.

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