Trois questions à se poser pour ne pas être (trop) accro à son smartphone

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Les smartphones nous aident dans de nombreux aspects de la vie quotidienne, mais il faut veiller à ne pas devenir accro... Voire, apprendre à s'en défaire. Dans "Sans rendez-vous", sur Europe 1, Léonard Anthony, spécialiste en hypnose et auto-développement explique ce phénomène qui touche de plus en plus de gens.

Qui, aujourd'hui, n'est pas équipé d'un téléphone portable ? Véritable extension du corps pour certains il interroge les spécialistes sur son risque addictif. Dans Sans rendez-vous, sur Europe 1, Léonard Anthony, spécialiste en hypnose et auto-développement considère que, même s'il y a débat, la thèse du comportement addictif est probable. "Pour une partie de la communauté scientifique, il n'y a pas d'addiction, car quand on retire le téléphone, on n'observe pas de comportement addictif. L'autre [partie] dit que ça en est un".

Et Léonard Anthony de citer une étude réalisée sur des enfants dans plusieurs pays dans le monde. "On leur a enlevé pendant une journée leur téléphone : ils se mettent à avoir des colères, à ne pas savoir quoi faire, à se ronger les ongles. Un nombre de symptômes qui ressemblent à du manque, néanmoins quand on les laisse quelque jours, le manque commence à tarir, ce qui n'est pas le cas avec d'autres drogues."

Mes capacités cognitives sont-elles réduites ? 

Les chiffres sur l'utilisation du téléphone parlent d'eux-mêmes. En moyenne "on va déverrouiller son téléphone 10 fois par heure et on va faire 3.500 actions par jour". Cette pratique intensive incite à s'interroger sur la nature de la relation qui unit une personne à son téléphone. "Je ne crois pas qu'il y ait d'autres objets avec lequel on ait cette relation, est-ce que c'est nous qui tenons le téléphone, ou est-ce que c'est le téléphone qui nous tient ?"

Le problème, c'est que "nous déléguons un certain nombre de fonctions à notre téléphone", celle de retenir des numéros de téléphone ou des adresses par exemple. Les vraie questions, selon Léonard Anthony, sont : "Comment on préserve nos capacités cognitives ? et  sommes nous en train de devenir des terminaux ?"

Car, même si l'on délègue, on "reçoit une overdose d'information, il y a des micro-coupures de l'attention, et l'attention c'est une monnaie". Des études américaines parlent de deux types de facteurs : L'un est "la fatigue du désastre", qui correspond à un réveil au milieu de la nuit pendant lequel on regarde son téléphone, faisant naître des facteurs d’anxiété à cause des notifications. L'autre est la "fatigue décisionnelle, notre capacité de décision c'est comme un muscle, si on fait trop de pompes le bras se fatigue, de la même manière on va s'user avec les notifications et perdre ses capacités à décider".

Suis-je vraiment accro ? 

L'addiction se ressent dans le comportement au quotidien, "on ne peut pas lire, être en interaction, regarder un film, quand on est interrompu toutes les deux minutes."  C'est également au niveau du ressenti que cela se joue "si la simple idée de ne pas avoir son téléphone pendant quelques heures, voire quelques minutes, il y a quelque chose à regarder.

Et ces comportements sont déjà très importants au sein de la population : "85 % des gens allument leurs téléphones quand ils regardent un film. Une personne sur deux regarde son téléphone comme dernière action avant de dormir, même après l'amour, et c'est la première chose qu'une personne sur deux le fait en se levant. C'est une tentation extrême".

Le problème de cette addiction, c'est qu'elle se fait "au détriment du relationnel. Quand on est avec son téléphone, on n'est plus en relation." Cela peut aller loin puisque, à Londres, "un centre de thérapie existe, avec un atelier où les gens paient pour venir éteindre leur téléphone, car ils n'y arrivent pas par eux-même. Cela ne veut pas dire qu'il faut abandonner complètement son smartphone, "il ne faut pas tout jeter", la technologie est utile et doit être utilisée à bon escient. 

Comment s'améliorer sans lâcher son téléphone ? 

La déconnexion, "ça peut commencer par laisser son téléphone se reposer".  Cela permet d'en profiter pour "renouer une relation et se rouvrir à l'ensemble du vivant". Ainsi, ne plus avoir de batterie, "ça va permettre de les recharger, pas celles du téléphone, celle de son utilisateur".

Ça ne veut pas dire qu'il faut laisser son téléphone en permanence, mais il faut se demander si c'est nécessaire. "Ne pas toujours photographier ses plats", par exemple, car "on y perd en expérience sensorielle, on ne salive plus, on ne fait plus attention aux odeurs".  Au niveau des habitudes, cela peut passer par plein de petites contraintes qui vont faire du bien : "Lâcher le téléphone quand on fait quelque chose qui nous tient à cœur, créer des zones blanches, ou avoir "une borne de chargement unique dans le salon". C'est ce que Léonard Anthony appelle de "l’hypnose écologique, en lien avec la maison, avec son système, comme quand on va en forêt et qu'il y a moins de réseau. c'est renouer avec son tissu relationnel et se recentrer sur soi-même pour être présent au monde."

Des scientifiques anglais ont théorisé l'astuce des "20/20/20, il faut donner un peu de repos à ses yeux. Donc, toutes les 20 minutes, regarder pendant 20 secondes à 20 pieds, soit 6 mètres, pour se redonner de la profondeur de champ". Ce que font naturellement les fumeurs à la pause cigarette. 

Concernant les enfants, "digital natives" donc principaux concernés, il est essentiel de les sensibiliser." On peut mettre un contrôle parental, une temporalité d'utilisation, mais l'essentiel c'est de dialoguer et de montrer l'exemple. Il faut aussi expliquer que c'est un peu leur vie qu'ils cèdent à leur téléphone. Aujourd'hui ce qu'on fait, ça reste, ça laisse des traces."

Europe 1
Par Guilhem Dedoyard