Réforme de la chasse : pourquoi Macron a préféré Lecornu à Hulot

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Le président de la République entend réconcilier chasseurs et défenseurs de l'environnement, mais Nicolas Hulot a rechigné à prendre ce dossier en main.
L'ÉDITO POLITIQUE

Un chasseur sachant chasser sait aussi voter. Vous me le répéterez trois fois, et en tirerez la conclusion qui convient : à savoir, un chasseur, ça se soigne. Tous les candidats aux différentes présidentielles le savent, aucun n’a raté l’an dernier l’interview au magazine spécialisé Chassons.com. Et ça se bichonne d’autant plus pour le président en exercice qu’ils ne lui étaient pas acquis au départ, avec un vote plutôt conservateur voire très FN à la dernière présidentielle.

Les promesses du président. Avec son étiquette de "président des villes", Emmanuel Macron a tout intérêt, à l’approche des européennes, à "traiter" ces "passeurs d’opinion" très importants dans la ruralité. Dans les petits villages, les services publics ont déserté, ne restent souvent que le troquet de la place, le club de foot et la fédération locale des chasseurs. Depuis qu’il est à l’Elysée, le président a donc déjà vu et revu et reçu les chasseurs, il a pris la défense de la chasse à courre, annoncé la reprise des chasses présidentielles et promis une réforme.

"Et en même temps". L’ambition est de contenter non seulement les chasseurs, mais aussi leurs irréductibles opposants, les défenseurs des espèces animales. Avec un subtil donnant-donnant : une baisse du prix du permis de chasse pour faciliter la mobilité des chasseurs d’un département à l’autre, de l’autre côté, un rôle accru pour les ONG et les scientifiques de le biodiversité afin qu’ils évaluent presque en temps réel les espèces à préserver absolument ou, à l’inverse, celles que l'on peut recommencer à chasser, avec de surcroît la promesse d’un réinvestissement de l’Etat dans ces territoires avec la création d’un nouveau corps de police : une police rurale et de l’environnement.

Sébastien Lecornu, pas Nicolas Hulot. Le hic, c'est que le "monsieur chasse" du gouvernement s'appelle Nicolas Hulot. Mais quand le président a constaté que la réforme qu'il avait promise aux chasseurs ne venait pas, il a directement chargé son secrétaire d’Etat, Sébastien Lecornu, de prendre la main. Son ancienne étiquette à droite rend plus aisé le contact avec les chasseurs et son sens reconnu du dialogue est censé faire des miracles et opérer la grande réconciliation.

Pour l’heure, les acteurs écologistes restent circonspects et craignent au final d’être les dindons de la farce. À l’heure du bilan, qu’il a lui-même fixé à cet été, Nicolas Hulot pourra toujours s’en laver les mains, puisqu’il n’a pas en main le dossier. Mais il pourrait bien encore alourdir sa colonne "débit" auprès de ses propres amis.

Europe 1
Par Hélène Jouan, chef du service politique d'Europe 1