Pourquoi Emmanuel Macron change sa stratégie de communication

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L'ÉDITO - Emmanuel Macron, à la peine dans les sondages, amorce un virage dans sa stratégie de communication, passant de la "parole rare" aux adresses plus fréquentes aux Français.

L'ÉDITO POLITIQUE

Le président va (enfin) parler. C'est ce qu'a fait savoir Emmanuel Macron lui-même il y a quelques jours. Et il est temps.

Du président qui "marche sur l'eau"... Car l'été a été très contre-productif pour le président. Tout avait pourtant bien commencé. Le chef de l'État tout juste élu, L'Express s'était amusé, en juin, à titre "Il marche sur l'eau". Du second degré, évidemment, mais l'idée s'est installée, même chez ceux qui n'avaient pas voté pour lui : après tout, Emmanuel Macron étant jeune et inattendu, il méritait un peu de bienveillance.

...à la déception. Mais que s'est-il passé depuis ? Les premiers débats parlementaires ont révélé une majorité inarticulée, un gouvernement encore en apprentissage. Plus important, les annonces, telles que la baisse pour tous des aides au logement ou la hausse de la CSG sans compensation immédiate, sont venues jeter un trouble. C'est donc ça, le "en même temps ?" Ponctionner toujours les mêmes, dans le même sens, au moment où, en plus, les grands indicateurs économiques repassent au vert ? Les Français savent gré au président d'avoir retrouvé la bonne hauteur présidentielle. Mais les photos estivales d'Emmanuel Macron en pompier ou en footballeur ne suffisent plus. Il s'agit de comprendre ce qu'il veut faire.

Incompréhension. Les derniers jours de l'été n'ont rien arrangé. En prononçant cette fameuse petite phrase, jeudi à Bucarest, "les Français détestent les réformes", le chef de l'État voulait dire que les citoyens ne veulent plus de réformettes ni annoncées ni expliquées mais sont prêts à accepter beaucoup plus, si tant est qu'on leur prouve que l'intérêt général est en jeu. C'est sur cet argument qu'il a basé toute sa campagne, c'était aussi l'objet de son livre, Révolution. Mais cela n'a pas été compris comme cela. On a même cru voir un geste de condescendance accompagner la formule. Si l'Élysée s'offusque d'un "raccourci médiatique", cela reste une faute de communication pour un président digital native né avec les chaînes d'info (ou presque). Et cela ne va sans doute rien arranger.

Ligne de flottaison. Dans ce contexte, une prise de parole est très attendue. "C'est le moment", comme on dit au Palais. D'autant qu'un premier sondage Ifop pour le JDD est venu, dimanche, sanctionner durement ces premiers mois. Avec 40% de personnes satisfaites, Emmanuel Macron chute de 14 points en un mois, après en avoir déjà perdu dix en juillet. D'autres vont suivre dans les heures, les jours qui viennent, et vont nourrir l'image d'un président qui ne marche plus sur l'eau mais flirte dangereusement avec la ligne de flottaison.

Front social. Le chef de l'État est désormais vulnérable. Et cela tombe mal : les syndicats qui s'apprêtent à découvrir jeudi les ordonnances sur la réforme du code du Travail pourraient bien sentir cette "odeur de sang". Un président affaibli ? Il n'en faut guère plus pour remobiliser les troupes et pousser son avantage. Sans compter la rue. On a vu, ces dernières années, avec la Manif pour Tous comme Nuit Debout, que les grands mouvements sociaux naissaient hors parti, voire hors syndicats. S'il veut avoir une chance de faire pièce au sentiment d'injustice sociale qui s'est installé cet été, Emmanuel Macron doit donc parler.