"On est très vite à portée de baffes" : le maire de Saâcy-sur-Marne explique pourquoi il ne briguera pas de second mandat

, modifié à
  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
Partagez sur :
Élu divers droite depuis 2014, Pierre-Emmanuel Begny refuse de se représenter en 2020. Au micro d'Europe 1, il évoque la dégradation des conditions d'exercice du mandat de maire dans les petites communes.
INTERVIEW

Il a décidé de raccrocher. Pierre-Emmanuel Begny maire (divers droite) de Saâcy-sur-Marne, dans les environs de Meaux, ne se représentera pas en 2020. Élu depuis 2014, cet édile, qui se dit éreinté par son mandat et la charge qui lui incombe, a voulu dénoncer au micro de Sébastien Krebs, sur Europe 1, l'abandon du soutien de l'Etat et la montée des violences à l'égard des élus de terrain. "Le revers de la médaille, c’est que l'on est très vite à portée de baffes", a-t-il déclaré.

"On est du concret pour l'électeur. Le maire, c'est celui qui chapeaute l'école, qui dirige les travaux dans la collectivité, c'est celui que l'on voit dans les manifestations", explique Pierre-Emmanuel Begny. Or, "quand quelque chose ne vas pas, on vous en met tout de suite plein la figure", relève-t-il."Il y a de plus en plus d'inimité envers les maires, même quand ce sont de sujets liés à la politique nationale, parce que vous êtes le représentant de l'Etat dans votre collectivité."

"Vous avez beaucoup de maire qui sont menacés, physiquement, verbalement"

Alors que le Sénat adresse un questionnaire à tous les édiles de France sur la montée des incivilités à leur égard, une semaine après la mort du maire de Signes, renversé par une camionnette dont il venait d'épingler le conducteur pour un dépôt sauvage, Pierre-Emmanuel Begny avoue constater un climat "de plus en plus malsain vis-à-vis des élus locaux". "C'est le quotidien des élus en France. Aujourd'hui, vous avez beaucoup de maire qui sont menacés, physiquement, verbalement", explique-t-il. Lui-même assure avoir été agressé un soir de 14 juillet, "par une personne éméchée qui insultait ma police municipale. En voulant discuter avec lui, même en me présentant en tant que maire, ça ne l'a pas empêché de me prendre par le cou et de vouloir me mettre un coup de poing", rapporte-t-il.

Surtout, Pierre-Emmanuel Begny estime que les maires ne bénéficient plus d'un encadrement suffisant de la part de l'Etat. "Les services de l'Etat nous épaulent de moins en moins. Vous avez des diminutions au niveau des sous-préfectures et des préfectures, des services qui sont censés vous épauler", déplore-t-il.

Une situation d'autant plus problématique que le projet de loi Engagement et Proximité, issu du "grand débat", prévoit d'élargir les attributions des maires. "Aujourd'hui, un maire n'a pas les moyens coercitifs de faire appliquer les directives qu'on lui demande, et les sanctions qui seront proposés dans ce projet de loi", s'agace-t-il. "Je veux bien que l'on donne plus de pouvoirs aux maires, mais si derrière on n'a pas les moyens de les appliquer, c'est très compliqué", conclut-il.

Europe 1
Par Romain David