"Gilets jaunes" : "Nous n'allons pas rester sourds et muets", promet François de Rugy

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Le ministre de la Transition écologique et solidaire a réagi vendredi soir sur Europe 1 à la rencontre difficile entre des "gilets jaunes" et le Premier ministre. Il assure rester à l'écoute de leurs revendications et promet de chercher des solutions.

INTERVIEW

Le dialogue n'est pas aisé entre les "gilets jaunes" et le gouvernement. Preuve en est la rencontre entre deux d'entre eux et le Premier ministre vendredi après-midi, qui a tourné au fiasco. Sur Europe 1 vendredi soir, François de Rugy, ministre de la Transition écologique et solidaire, a martelé que l'exécutif restait à l'écoute de la colère des Français.

La liste des mécontentements. "Ce que je retiens de ces rencontres avec les 'gilets jaunes', c'est que les sujets de préoccupation, de revendication, de mécontentement, sont extrêmement larges. Il y a bien sûr au départ la question du prix des carburants et des taxes. Le niveau général des impôts et taxes, c'est le sujet numéro 1 de mécontentement", a d'abord cité le ministre de la Transition écologique et solidaire.

La question du pouvoir d'achat, au sens large, est l'un des principaux sujets de crispation. "Beaucoup de Français impliqués dans les 'gilets jaunes' ont l'impression qu'il est mangé, amputé par les impôts et les taxes", abonde le ministre. "Il y a aussi plus largement des questions sur la justice sociale et fiscale, ou des revendications sur la démocratie, puisque cela va jusqu'à la demande de suppression du Sénat", détaille-t-il.

"Continuer à évaluer les choses". Le gouvernement entend-il changer de cap, alors qu'une nouvelle manifestation est prévue sur les Champs-Elysées, samedi à Paris ? "Nous allons continuer à évaluer les choses, à discuter au sein du gouvernement, avec le président de la République. Dans les jours et les semaines qui viennent, nous n'allons pas rester sourds et muets", a assuré François de Rugy au micro de Matthieu Belliard. 

Plusieurs "gilets jaunes" réclament notamment une hausse du Smic à 1.300 euros mensuels. Une mesure qui, certes, octroierait davantage de pouvoir d'achat aux Français concernés, mais qui pèserait sur le coût du travail, à en croire François de Rugy. "On ne change pas de cap sur ces grandes orientations politiques, qui sont celles du redressement de la France que nous avons engagé depuis 18 mois", a réaffirmé le numéro 2 du gouvernement. "Mais sur les moyens d'accompagnement, sur le fait de regarder concrètement comment on pourrait aller plus loin dans la baisse d'impôt, avoir des mesures qui permettent de faire des gains de pouvoir d'achat durable, nous voulons discuter. Nous voulons prendre des mesures dans les mois qui viennent", a-t-il promis.

>> De 17h à 20h, c'est le grand journal du soir avec Matthieu Belliard sur Europe 1. Retrouvez le replay ici

Quid de la responsabilité du gouvernement ? Tout en assurant comprendre la grogne qui monte, François de Rugy a tenu à dire que le gouvernement n'en était pas directement responsable. "La France sort tout juste de dix ans de crise, pendant lesquels l'économie a stagné ou régressé, pendant lesquels les salaires ont souvent été comprimés, pendant lesquels les taxes ont très souvent augmenté, pendant lesquels la dette a elle aussi beaucoup augmenté. C'est difficile de sortir de cette situation. Au moment où cette économie repart un peu, les Français aimeraient évidemment en toucher les bénéfices", analyse-t-il.

"Un des 'gilets jaunes' que nous avons rencontré avec le Premier ministre aujourd'hui nous a dit : 'On sait bien que ce n'est pas vous qui êtes les responsables de cette situation, c'est l'accumulation de problèmes depuis des années. Mais c'est à vous de les traiter parce que c'est vous qui êtes aux responsabilités'", rapporte le ministre.

Pas de représentants et un dialogue compliqué. Si cette parole a pu légèrement tranquilliser Édouard Philippe et François de Rugy, le dialogue avec les "gilets jaunes" reste difficile à construire. "Ce mouvement a beaucoup de mal à se structurer. Les porte-paroles qu'ils s'étaient donnés mardi dernier ne sont plus considérés comme valables aujourd'hui, alors que nous sommes vendredi", se navre le ministre de l'Écologie. Il souligne enfin le manque de cohérence au sein du mouvement. "Quand j'ai rencontré des 'gilets jaunes' mardi dernier, ils m'ont dit qu'ils voulaient rencontrer le Premier ministre. Nous leur proposons de le faire, et finalement certains ne viennent pas, accusent les autres d'être venus, et font pression sur eux. C'est difficile de dialoguer."

Europe 1
Par Anaïs Huet