Papon enterré avec sa médaille et dans la polémique

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Maurice Papon, seul Français condamné au titre de la déportation des Juifs pendant la Seconde guerre mondiale a été enterré mercredi avec la Légion d'honneur, qui lui a été pourtant retirée par l'Etat en raison de son passé.

C'est peut-être la dernière fois qu'on entend parler de Maurice Papon. L'ancien fonctionnaire de Vichy, condamné en 1998 pour "crimes contre l'humanité", a été inhumé mercredi après-midi au cimetière de Gretz-Armainvilliers, en Seine-et-Marne. Son avocat, Francis Vuillemin, a vivement répondu après l'enterrement aux personnalités de droite et de gauche qui avaient demandé dimanche à ce que la décoration soit exclue de la cérémonie. "La classe politique peut bien aboyer, elle ne m'impressionne pas. J'ai tenu parole. La croix de commandeur de la Légion d'honneur, reçue des mains du général de Gaulle, veille sur l'âme de Maurice Papon pour l'éternité. Les symboles sont plus forts que le droit", a dit l'avocat. Une quarantaine de proches étaient présents autour du caveau familial des Papon où reposent déjà les parents, la soeur et l'épouse de l'ancien fonctionnaire de Vichy. Aucune personnalité n'était présente pour rendre hommage à celui qui fut préfet de police de Paris entre 1958 et 1967, élu RPR dans les années 70 et ministre du Budget de 1978 à 1981. Le lieu avait été placé sous la surveillance de dizaines de policiers, pour éviter tout incident. L'oraison funèbre de l'ancien fonctionnaire de Vichy, mort samedi à 96 ans, a été faite sur sa tombe par un prêtre catholique membre de l'épiscopat, Michel Lelong, qui a comparé Maurice Papon à Jésus. "Nous savons que tout au long des siècles, des hommes et des femmes ont été injustement traités. Me Papon est l'un d'eux. Il a trouvé un soutien et une lumière dans l'exemple du Christ, condamné injustement", a dit le prêtre. Il a critiqué la condamnation du défunt par la justice en reprenant sa version des faits, selon laquelle il avait en fait sauvé des juifs sous l'Occupation. "Il a aidé ceux qui pouvaient l'être (...) La présomption d'innocence a été bafouée par la pression médiatique et politique", a dit le père Lelong. A la sortie du cimetière, une poignée de personnes ont brandi des photos des camps de la mort nazis et des images de la répression de manifestations d'indépendantistes algériens en 1961, également attribuée à Maurice Papon, alors préfet de police de Paris. Auparavant, plusieurs personnes arborant des médailles de la Résistance étaient venues assister à la mise en bière dans un funérarium voisin pour rendre hommage au défunt.