Suisse : la population refuse à une large majorité de durcir la neutralité du pays

Par
Auteur/Animateur
,
Texte de la signature libre
avec AFP
Publié le
[AFP]

Une majorité de Suisses ont voté dimanche, à 70,1%, contre une initiative populaire qui souhaitait renforcer la neutralité du pays, un texte soutenu par la droite nationaliste et qualifié de "prorusse" par ses opposants. "Ce résultat n'est pas un vote contre la neutralité. La Suisse était neutre hier, elle est neutre aujourd'hui et elle le restera aussi à l'avenir", a assuré le ministre suisse des Affaires étrangères, Ignazio Cassis.

Sans surprise, les Suisses ont balayé dimanche, à 70,1%, une initiative populaire visant à durcir la neutralité du pays, un texte porté par la droite nationaliste et qualifié de prorusse par ses opposants, selon les résultats finaux.

"Ce n'est pas un vote contre la neutralité"

"Ce résultat n'est pas un vote contre la neutralité. La Suisse était neutre hier, elle est neutre aujourd'hui et elle le restera aussi à l'avenir", a assuré le ministre suisse des Affaires étrangères, Ignazio Cassis, lors de la présentation des résultats aux journalistes à Berne.

Comme régulièrement en Suisse, les électeurs étaient appelés à se prononcer dimanche sur plusieurs objets soumis au vote. Dans le canton de Genève, les électeurs ont notamment accepté, à près de 58,5%, la gratuité de la contraception, une première pour un canton suisse.

L'initiative sur la neutralité voulait elle inscrire dans la Constitution fédérale une neutralité renforcée, excluant toute alliance avec une organisation militaire, sauf en cas d'attaque ou de préparatifs d'attaque contre la Suisse, ainsi que toute reprise de sanctions économiques contre un pays tiers, à l'exception de celles décidées par l'ONU.


La neutralité doit "pouvoir s'adapter aux circonstances"

Fervent opposant à l'initiative, Ignazio Cassis a expliqué que la neutralité doit en revanche "pouvoir s'adapter aux circonstances" car elle "doit servir à préserver la sécurité et l'indépendance de notre pays et à éviter que la Suisse ne soit entraînée dans une guerre".

Ancrée dans l'histoire helvétique depuis plusieurs siècles, la neutralité de la Suisse est inscrite dans la Constitution fédérale depuis 1848, le pays alpin s'abstenant ainsi de prendre parti dans les guerres entre Etats tiers.

Mais l'adoption par la Suisse des sanctions de l'Union européenne contre Moscou après l'invasion russe en Ukraine, ainsi que son premier mandat de membre non permanent du Conseil de sécurité de l'ONU, en 2023 et 2024, ont placé la question de la neutralité helvétique au coeur des débats politiques et médiatiques.

Les partisans d'une neutralité flexible défendent la possibilité pour la Confédération d'adapter sa politique aux circonstances. C'est cette logique qui a notamment conduit la Suisse à collaborer avec l'Otan, sans en être membre. "Être neutre ne signifie ni être indifférent, ni se tenir à l'écart", a relevé Ignazio Cassis dimanche.

"Une campagne pour ou contre Poutine"

A l'inverse, l'organisation souverainiste Pro Suisse à l'origine de l'initiative défend, avec le soutien de l'Union démocratique du centre (UDC), parti de droite nationaliste et première force politique du pays, une conception plus rigoriste de la neutralité. Parmi les principaux partis, seule l'UDC la soutenait.

Mais l'iniative avait reçu le soutien d'une partie de la gauche radicale mais aussi d'anciens diplomates et d'experts en politique étrangère qui appellaient à préserver le rôle historique de la Suisse comme médiateur impartial et éviter que des sanctions économiques ne gâchent sa réputation.

Cette initiative, "on en a fait une campagne pour ou contre Poutine, ce qui n'était évidemment pas du tout le sujet", a déploré dimanche Jean-Daniel Ruch, ancien diplomate suisse et cofondateur du Centre pour la neutralité à Genève, à la télévision suisse publique RTS. "Mais les problèmes restent. Notre crédibilité est toujours entamée dans le monde, notamment à cause de notre politique de deux poids deux mesures dans l'application des sanctions", a-t-il assuré.

Une campagne longtemps serrée

Moscou, qui accuse Berne d'avoir abandonné sa neutralité en s'alignant sur les sanctions de Bruxelles, avait salué l'initiative. Après une campagne longtemps serrée, les derniers sondages avaient montré une nette opposition à l'initiative, en phase avec la position du gouvernement.

Sans surprise également, les Suisses ont rejeté dimanche, à 72,5%, une autre initiative populaire visant à porter à 70% le taux d'autosuffisance alimentaire du pays en dix ans, contre 42% en 2024.

Le gouvernement et les principaux partis avaient appelé à voter contre la proposition, jugeant son objectif irréaliste, à l'exception des Vert·e·s, qui n'avaient donné aucune consigne de vote.