Pourquoi les retrouvailles de Trump et Kim Jong-un ont-elles lieu au Vietnam ?

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Donald Trump et Kim Jong-Un se retrouvent mercredi et jeudi au Vietnam.
Donald Trump et Kim Jong-Un se retrouvent mercredi et jeudi au Vietnam. © AFP
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Les chefs d'État américain et nord-coréen se retrouvent à partir de mercredi à Hanoï, au Vietnam, pour un second sommet. Et le choix du pays ne doit rien au hasard.

C'est la deuxième fois qu'ils se rencontrent. Mercredi et jeudi, Donald Trump et Kim Jong-un ont rendez-vous à Hanoï, au Vietnam, pour poursuivre les discussions entamées lors d'un premier sommet, en juin 2018 à Singapour. Un pays choisi à la fois pour son modèle économique, son intérêt géostratégique et sa symbolique forte.

Symbolique politique

L'importance symbolique du Vietnam n'est plus à faire pour la Corée du Nord aussi, l'Histoire vietnamienne a une résonnance particulière. C'est en effet un pays qui a été coupé en deux pendant plus de vingt ans au moment de la Guerre froide, comme la péninsule coréenne aujourd'hui. Et, pendant la guerre, Pyongyang avait soutenu le régime communiste du nord-Vietnam en envoyant des renforts.

Un modèle économique

La situation économique du Vietnam explique aussi le choix de ce pays pour le sommet. En effet, elle pourrait bien servir de modèle à la Corée du Nord, et pour cause. Il s'agit d'un régime communiste autoritaire qui a réussi à négocier l'ouverture de son économie. À partir de la fin des années 1980, Hanoï avait déployé le "Doi Moi" ("renouveau"), basé sur une baisse des subventions étatiques et un basculement vers une économie de marché. Exit la collectivisation, bonjour investissements étrangers : ces politiques ont été payantes, le PIB vietnamien a largement progressé. Et cet essor s'est accompagné d'une sortie de l'isolement politique dans lequel le Vietnam était plongé depuis la fin de la guerre. Sur la scène internationale, le pays a retrouvé de sa superbe et des alliés.

Un scénario que rêve de reproduire Kim Jong-un, à la tête d'un pays dont le PIB a reculé de 3,5% en 2017. Du jamais vu, en partie lié aux sanctions économiques internationales infligées à Pyongyang. Pour le dirigeant suprême de la Corée du Nord, il est temps de redresser la barre. "Votre pays peut reproduire [le] chemin [du Vietnam]", lui avait d'ailleurs lancé le secrétaire d'État américain Mike Pompeo en juillet dernier, lors d'une visite à Hanoï. "C'est à vous, si vous saisissez ce moment. Ce miracle peut être le vôtre."

Intérêt géostratégique

Aller au Vietnam permet aussi à Kim Jong-un de renouer des liens avec Hanoï, alors que leurs liens, notamment économiques, ont été distendus par l'injonction de l'ONU à sanctionner Pyongyang. L'intérêt, pour le leader nord-coréen, est évident. Aujourd'hui, son pays dépend énormément de la Chine, qui est à la fois un allié politique et un partenaire commercial de premier plan. Pour rompre avec ce déséquilibre, Kim Jong-un a tout intérêt à raviver la flamme avec un pays comme le Vietnam. Et Washington, qui craint toujours la trop grande influence de Pékin en Asie, ne peut voir cela que d'un bon œil.

Quant au Vietnam lui-même, il existe aussi un intérêt : "renforcer son statut au sein de la communauté internationale, ce qui l'aidera à attirer le tourisme et les investissements étrangers", analyse après de l'AFP Vu Minh Khuong, de l'école de politique publique Lee Kuan Yew School de Singapour.

Un sommet pour quoi faire ?

La précédente rencontre de Donald Trump et Kim Jong-un était surtout symbolique : c'était une première, qui s'était soldée par une déclaration d'intention sur la "dénucléarisation de la péninsule coréenne". Cette fois, Kim Jong-un espère des concessions politiques et économiques. Politiques, avec une déclaration qui pourrait mettre symboliquement terme à la guerre de Corée, laquelle ne s'est pour l'instant soldée que par un armistice, et non un accord de paix. Le leader suprême espère même que Washington accepte d'ouvrir un bureau de liaison à Pyongyang. Cela ne coûterait pas très cher à Donald Trump et permettrait à celui-ci de crier victoire.

Economiques, ensuite. Jusqu'ici, Washington a toujours dit que les sanctions internationales à l'encontre de la Corée du Nord ne seraient levées qu'à la fin du processus de dénucléarisation. Mais des aménagements pourraient néanmoins être faits. Les voisins de Pyongyang, notamment la Corée du Sud et la Chine, plaident d'ailleurs en ce sens pour éviter un cataclysme économique qui pourrait entraîner une vague d'émigration.  

Sur la dénucléarisation elle-même, peu de résultats concrets ont émergé depuis le sommet de Singapour, et il est peu probable qu'un accord soit scellé. Pyongyang pourrait néanmoins permettre à des observateurs internationaux d'assister au démantèlement de son réacteur nucléaire de Yongyon.