Le prix Nobel de la paix 2026 est attribué à la sud-africaine Navanethem "Navi" Pillay, ce vendredi 9 octobre. Cette juriste de 85 ans a notamment présidé la commission d'enquête indépendante de l'ONU qui a accusé Israël de commettre un génocide dans la bande de Gaza.
L'ancienne Haute-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, la Sud-africaine Navi Pillay poursuit depuis plus de 50 ans son inlassable combat pour la défense des droits humains qui l'a mené à siéger à la Cour pénale internationale ou à la tête du Tribunal pénal international pour le Rwanda.
Âgée de 85 ans, elle s'est forgé une solide réputation dans l'art de traiter des dossiers difficiles, au cours d'une carrière de plusieurs décennies entamée dans les tribunaux sud-africains et qui lui a valu le prix Nobel de la paix vendredi.
juge ad hoc à la Cour internationale de justice
Navi Pillay a acquis une renommée mondiale pour ses vives critiques de la répression exercée par des gouvernements contre les manifestations populaires dans le monde arabe, notamment en Libye et en Syrie.
Entre 2021 et 2025, elle a présidé une commission d'enquête de trois membres créée par le Conseil des droits de l'homme de l'ONU pour examiner les causes profondes du conflit israélo-palestinien.
Navi Pillay exerce actuellement les fonctions de juge ad hoc à la Cour internationale de justice, la plus haute instance judiciaire de l'ONU. Elle est en charge d'un dossier dans lequel la Gambie accuse le pouvoir birman de violations de la Convention des Nations unies sur le génocide de 1948.
Pionnière dans son pays
Née en 1941 dans la ville côtière de Durban (est), fille d'un chauffeur de bus et issue d'une famille d'origine tamoule, Navi Pillay a mené une carrière hors-normes. Elle grandit dans un quartier pauvre de la ville portuaire, étudie le droit puis décroche un doctorat à la prestigieuse université américaine d'Harvard.
Elle devient alors la première femme de couleur à ouvrir un cabinet d'avocats dans sa province du KwaZulu-Natal et défend avec acharnement les opposants à l'apartheid. En 1973, elle obtient le droit pour les prisonniers politiques d'accéder à un avocat.
Un an après l'élection de Nelson Mandela en 1994, elle devient la première femme de couleur nommée à la Haute cour d'Afrique du Sud. La même année, avec l'appui de Mandela, elle siège au Tribunal pénal international pour le Rwanda.
Elle fait partie des juges qui ont rendu une décision historique conduisant à la reconnaissance du viol en tant qu'arme du génocide. En 2008, elle est nommée Haute-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, jusqu'en 2014. Généralement en blazer, parfois en sari lors de ses apparitions publiques, la juriste mondialement reconnue dit cuisiner et jouer parfois au golf.
"Pleurer ou se battre"
Son enfance dans la société profondément injuste du régime d'apartheid l'a poussée à combattre la discrimination partout et lui a valu la réputation de défendre les victimes d'injustice à travers le monde.
"Nous avons subi les pires insultes et discriminations raciales, avons été maltraités et traités comme des moins que rien", racontait Mme Pillay à l'AFP lors d'un entretien en 2023. La communauté indienne était classée comme un groupe racial distinct sous l'apartheid et était soumise à de nombreuses discriminations.
Le choix était alors simple: être "faible et pleurer" ou "se battre à chaque match", souligne-t-elle. "J'ai toujours su qui j'étais et comment combattre toute forme de discrimination. En osant prendre la parole et en la condamnant. C'est ce que j'ai fait à l'ONU", ajoutait-elle.