Etudiante allemande tuée : un demandeur d'asile condamné à la perpétuité

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© JACQUES DEMARTHON / AFP
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Le crime, datant de 2016, avait révélé les dysfonctionnements de la coopération européenne et nourri le discours anti-réfugiés.

Un demandeur d'asile se disant afghan a été condamné jeudi en Allemagne à la perpétuité pour le meurtre d'une étudiante, un crime qui avait révélé les dysfonctionnements de la coopération européenne et nourri le discours anti-réfugiés.

Des crimes "particulièrement graves". Le tribunal de Fribourg, présidée par la juge Kathrin Schenk, jugeait depuis septembre Hussein Khavari pour le viol et le meurtre en octobre 2016 de Maria Ladenburger, une étudiante en médecine de 19 ans. Il a considéré aussi que ses crimes étaient "particulièrement graves", une définition pénale qui permet une incarcération effective pendant plus de 15 ans. L'accusé avait lui reconnu avoir attaquée sa victime "sous le coup d'une impulsion".

Agression très violente. L'agression, survenue de nuit alors que la victime rentrait d'une soirée, avait été particulièrement violente : après l'avoir mordue à la poitrine et à la joue, Hussein Khavari avait tenté de l'étrangler. Une fois inconsciente, il l'avait violée à plusieurs reprises, avant de l'abandonner au bord d'une rivière où elle s'était finalement noyée. Confondu par des images de vidéosurveillance, puis par son ADN retrouvé sur place, Hussein Khavari avait été arrêté quelques semaines plus tard.

Le procureur écarte le débat politique. L'annonce du viol et du meurtre d'une jeune allemande par un demandeur d'asile avait suscité une vive indignation en Allemagne, un an après la décision de la chancelière Angela Merkel d'accueillir plusieurs centaines de milliers de demandeurs d'asile venus en majorité de Syrie, d'Irak ou d'Afghanistan. Ce crime faisait partie des faits divers brandis par l'extrême droite pour dénoncer la politique d'accueil de la chancelière et signifier le prétendu danger que représente un afflux de musulmans en Allemagne.

"C'est un criminel qui est assis sur le banc des accusés, pas la politique migratoire" de l'Allemagne, a insisté dès lors à l'audience le procureur Eckart Berger, soucieux de couper court à tout débat politique.

Défaillances européennes. L'affaire avait néanmoins révélé les failles béantes dans la coopération policière européenne. Khavari, qui avait en outre révélé après expertises avoir menti sur son âge pour se faire passer pour un mineur, et qui pourrait être de nationalité iranienne contrairement à ses déclarations initaiales, avait été condamné en 2013 à dix ans de prison pour avoir tenté de tuer une étudiante en Grèce. Jetée du haut d'un précipice à Corfou, la victime avait survécu par miracle. Il avait alors bénéficié d'une amnistie décidée en raison de la surpopulation des prisons. Bénéficiant d'une liberté conditionnelle en octobre 2015, il disparaît peu après.

Mais Athènes n'a pas émis d'avis de recherche international, ce qui avait empêché son identification à son entrée en Allemagne, selon les autorités allemandes. Et un système européen de collecte des empreintes digitales censé éviter qu'une personne demande l'asile dans plusieurs pays européens n'a pas fonctionné, le jeune homme ayant déposé un dossier en Grèce puis en Allemagne.