DIAPORAMA - Vingt ans après, plongée dans la Russie des débuts de Vladimir Poutine

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Il y a vingt ans, Vladimir Poutine, nommé Premier ministre, arrivait au pouvoir en Russie. Au même moment, le journaliste Nicolas Tonev immortalisait à l'argentique la Russie de l'époque. Europe 1 publie quelques-uns de ses clichés.
EN IMAGES

Ce 9 août 1999, quand Boris Eltsine annonce que son nouveau Premier Ministre s'appelle Vladimir Vladimirovitch Poutine, la première question de la plupart des Russes est "kto?",  "qui ?" Selon les sondages de cet été 1999, moins de 10% de la population du pays sait qui est Poutine. Autant dire pas grand monde, à l'exception des habitants de Saint-Pétersbourg, dont il est originaire. À l'occasion du vingtième anniversaire de l'arrivée au sommet du dirigeant, Europe 1 vous propose un retour sur sa pratique du pouvoir, entre autocratie et stabilité. Mais aussi une plongée, en images, dans la Russie du début de son mandat, encore marquée par la pauvreté et la dictature, et qui le sera bientôt aussi par la guerre en Tchétchénie.

Fonctionnaire corrompu

Quand il devient le chef du gouvernement, Vladimir Poutine a alors presque 47 ans et un double visage. D'un côté, celui de l'ex-colonel du KGB, officier droit et inoxydable. De l'autre, celui du fonctionnaire au maigre salaire qui n'aurait pas rechigné sur les pots-de-vin. Quand il était le bras droit du maire de Saint-Pétersbourg, les valises de billets auraient volontiers transité par son bureau, car tout se serait monnayé à l'époque… surtout à la mairie. À la chute de l'URSS, l'adjoint Poutine est chargé, au plus fort de la crise alimentaire qui frappe la ville en 1991-1992, de la faire ravitailler. Pour remplir les rayons vides des magasins de Saint-Pétersbourg, la nourriture est achetée à l'étranger, contre la livraison de matières premières.

Mais si les matières premières partent, la nourriture ne revient pas, pas plus que l'argent de l'échange. Des centaines de millions de dollars disparaissent. Vladimir Poutine confie à un ami qu'il dort avec un fusil près de son lit, au cas où. Il fait l'objet d'une investigation et Moscou demande même à ce qu'il ne puisse plus accéder à des fonctions de responsabilité publique. Une unité spéciale de la police fiscale de Saint-Pétersbourg enquête sur des détournements massifs de fonds. Mais elle doit stopper son travail. Poutine s'en sort. Et malgré ces affaires, l'homme rentre à l'administration présidentielle, puis devient le patron du FSB, les services successeurs du KGB, avant sa nomination inattendue, donc, le 9 août 1999.

Une popularité qui décolle avec la guerre en Tchétchénie

Pourquoi donc choisir Poutine ? Les Russes vont le comprendre dans les mois qui viennent. Une succession d'attentats, attribués aux indépendantistes tchétchènes, en septembre et en octobre 1999, font plus de 300 morts dans le pays. Vladimir Poutine lance une guerre en Tchétchénie contre les indépendantistes. Sa popularité décolle. Un autre que lui n'aurait peut-être pas lancé ce conflit. La République du Caucase et sa capitale, Grozny, sont laminées par les bombardements.

Puis vient le coup de théâtre du 31 décembre 1999. Boris Eltsine démissionne et nomme Poutine président par intérim. Le soir même, Vladimir Poutine signe un oukaze, un ordre présidentiel, donnant une immunité totale judiciaire et administrative à Eltsine et sa famille. Il ne risque plus de poursuites dans les affaires de corruption qui la poursuivent en Russie et à l'étranger. Tous les observateurs sont alors d'accord : Vladimir Poutine a rempli la mission qui l'avait conduit au Kremlin.

Un deal avec les Russes...

Il ne lui reste plus désormais qu'à garder le pouvoir le plus longtemps possible. Il est élu président en avril 2000, réélu en 2004, laisse le Kremlin à Dmitri Medevedev et redevient Premier ministre de 2008 à 2012 pour pouvoir reprendre la présidence jusqu'à aujourd'hui, avec une mandature longue de 6 ans. Comment tient-il ? Les élections ont bien lieu, les Russes lui reconnaissent le fait d'avoir stabilisé le pays après les errements de l'ère Eltsine mais c'est aussi parce que les campagnes électorales sont tronquées. Seul Poutine a vraiment accès aux chaînes de télévision nationales, les seuls médias à atteindre le fin fond de la gigantesque Russie.

Et puis le pouvoir avait passé une espèce de deal avec les Russes : en échange de sa soumission, de sa tolérance pour la disparition des transfuges, des minorités, des opposants et des militants des droits de l'homme, de son silence face à des politiques et des oligarques qui s'enrichissent, le peuple pourra lui aussi s'élever socialement et voyager à l'étranger. Pendant quelques années, le deal fonctionne parfaitement. La corruption est énorme. Selon une enquête judiciaire espagnole, des écoutes trahissent les liens entre le gouvernement russe et la mafia. Les sommes détournées sont phénoménales. Un proche de Poutine aurait blanchi pour lui plus de 2 milliards de dollars au Panama. Mais les Russes ne réagissent pas. Les pressions des autorités sont fortes sur les esprits. Et puis le niveau de vie augmente… jusqu'à ces deux dernières années. 

...qui s'effondre aujourd'hui

La politique de rapport de forces avec l'Occident, qui a conduit à l'annexion de la Crimée, a entraîné des sanctions européennes et américaines. Les Russes s'appauvrissent, le deal est rompu. Pourquoi faudrait-il perdre liberté et confort économique ? La popularité de Vladimir Poutine est en chute libre. Du fond des provinces à Moscou, la manière autocratique de gérer le pays est contestée. La propagande officielle est contournée par Internet. Les Russes redécouvrent l’idée d'opposition.

Alors, quelle suite pour Poutine ? Son mandat ne prendra fin qu'en 2024. Il lui faut tenir jusque-là, et surtout se faire réélire. Car sans immunité présidentielle, il pourrait être attaqué par les opposants qui rêvent de l'envoyer en prison pour crimes économiques et crimes de guerre. Vladimir Poutine doit absolument garder le pouvoir pour se protéger. À moins de se trouver à son tour, comme Boris Eltsine en son temps, un successeur qui une fois nommé le protégera à son tour.

Europe 1
Par Nicolas Tonev et Margaux Baralon