Mort du juge Borrel : le témoin-clé cible de coups de feu

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© MAXPPP
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Arrêté en aout dernier au Yémen, il venait à peine d'être libéré. L'homme se dit menacé.

L'INFO. A peine libéré de sa geôle, il essuie des coups de feu. Mohamed Saleh Alhoumekani, le témoin-clé dans l'affaire du juge français Bernard Borrel, retrouvé mort à Djibouti en 1995, a été jeudi la cible de coups de feu au Yémen, a-t-on appris auprès de sa famille en Belgique. Emprisonné depuis le 24 août dernier et son arrestation à Sanaa au Yémen, l'homme a été libéré deux jours avant cette attaque, mardi dernier. "Des hommes habillés en policiers ont tiré sur lui", a déclaré son frère, Saleh Houssein Nadrin. Il n'a "pas été blessé" mais un policier qui l'accompagnait "aurait été tué", a-t-il ajouté.

"Je suis devenu une cible". L'attaque s'est produite jeudi matin à Al Bayda, une zone tribale du sud du Yemen d'où est originaire Mohamed Saleh Alhoumekani, selon son frère. "On ignore les raisons de cette attaque. Dans les zones tribales, il y a parfois des erreurs", a avancé Saleh Houssein Nadrin. Joint par France Inter, Mohamed Alhoumekani a expliqué n'avoir pas le droit de quitter le territoire yéménite et lancé un appel aux autorités françaises et belges. "Ici, je suis devenu une cible. Le Yémen est une prison à ciel ouvert. Tout le monde est armé. C'est la raison pour laquelle je demande à la France et à la Belgique d'intervenir (...) pour que je puisse quitter le territoire", a-t-il  confié à la radio. Mohamed Alhoumekani, qui est domicilié à Bruxelles et a la double nationalité belge et yéménite, est considéré comme un acteur-clé ayant permis de relancer l'enquête sur la mort du juge Borrel.

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Pourquoi serait-il menacé ?  Il y a 18 ans, le juge français Bernard Borrel, détaché à Djibouti, était retrouvé mort, le corps en partie carbonisé en contrebas d'un ravin. Dans un premier temps, les autorités djiboutiennes et françaises avaient privilégié la thèse du suicide. Mais le témoignage de Mohamed Salah Alhoumekani, ancien officier de la garde républicaine de Djibouti, avait finalement renforcé la piste de l'assassinat. L'homme avait mis en cause l'actuel président djiboutien et son entourage dans la mort du juge. Selon ses dires, le magistrat français aurait enquêté de trop près sur les affaires et les activités du président et de ses proches. C'est lui qui a permis de relancer l'enquête, à tel point que désormais, la thèse de l'assassinat est privilégiée par les enquêteurs français. Le 24 août dernier,  Mohamed Alhoumekani avait été arrêté à son arrivée au Yémen le 24 août. Les autorités yéménites avaient mis en avant une demande d'arrestation émise par Interpol à l'initiative des autorités de Djibouti, qui réclament son extradition, selon sa famille.  

La veuve du juge en appelle à l'UE. La veuve du juge Borrel, elle-même magistrate en France, en appelle à l'Union européenne pour faire rapatrier en toute sécurité Mohamed Alhoumekani, dans une interview à paraître vendredi dans le quotidien régional Le Progrès. "S'il venait à disparaître, il ne resterait plus de témoin direct", a déclaré au journal Elisabeth Borrel, déplorant que "la protection des témoins n'existe pas en droit français". "J'ai contacté cet été Daniel Cohn-Bendit, Corinne Lepage, des députés européens, mais ça n'a rien donné. L'année dernière, Christiane Taubira avait promis de me recevoir, elle ne l'a pas fait. Toutes les personnes dont j'ai les coordonnées ont été averties de la situation. Moi aujourd'hui, je suis un pion, une balle de ping pong dans cette affaire. Je ne peux que demander à l'Union européenne de rapatrier Mohamed Alhoumekani en Belgique le plus rapidement possible", a-t-elle ajouté.