Le Nobel de la paix attribué à trois femmes

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avec agences , modifié à
Les lauréates : la présidente du Liberia Johnson Sirleaf, Gbowee et la Yéménite Karman.

Trois femmes se partagent le prix Nobel de la paix 2011 : Ellen Johnson Sirleaf, présidente du Liberia, sa compatriote Leymah Gbowee et la Yéménite Tawakkul Karman. Elles ont été désignées pour "leur lutte non violente en faveur de la sécurité des femmes et de leurs droits à participer aux processus de paix", a déclaré vendredi à Oslo le président du comité Nobel norvégien, Thorbjoern Jagland.

Ce n'est que la seconde fois dans l'histoire du Nobel de la paix, créé en 1901, que trois personnes sont récompensées ensemble. La première fois c'était en 1994 avec la remise commune à Yasser Arafat, Shimon Peres et Yitzhak Rabin pour leur avancée dans les négociations de paix entre Israël et Palestine.

Sirleaf, un prix avant une réélection ?

Âgée de 72 ans, Ellen Johnson Sirleaf a été élue présidente du Libéria en 2005, devenant ainsi la première femme présidente en Afrique. Rapidement surnommée la "Dame de fer", elle a obtenu l'effacement de la dette libérienne avec le soutien de la communauté internationale.

Ellen Sirleaf, qui briguera la semaine prochaine un nouveau mandat à la tête du Libéria, est une économiste admirée qui a travaillé pour l'ONU et la Banque mondiale. Ce prix pourrait être utile pour sa réélection à la tête du pays la semaine prochaine. Les électeurs libériens sont en effet appelés aux urnes mardi pour élire leur nouveau président pour les cinq prochaines années. Elle a dédié ce prix à "tout le peuple libérien".

Gbowee, "guerrière de la paix"

L'accession de Johnson Sirleaf au pouvoir a été rendue possible par le travail sur le terrain de Leymah Gbowee, "guerrière de la paix" à l'origine d'un mouvement pacifique qui contribuera, notamment à l'aide d'une "grève du sexe", à mettre fin à la deuxième guerre civile en 2003.

Lancée en 2002, son initiative originale voit les femmes - toutes confessions religieuses confondues - se refuser aux hommes tant que les hostilités se poursuivent, ce qui obligea Charles Taylor, ex-chef de guerre devenu président, à les associer aux négociations de paix.

"Leymah Gbowee a mobilisé et organisé les femmmes au-delà des lignes de division ethniques et religieuses pour mettre fin à une longue guerre au Liberia et assurer la participation des femmes aux élections", a noté Thorbjoern Jagland.

Karman a dédié son prix au "Printemps arabe"

Issue d'un autre continent, la troisième lauréate Tawakkol Karman, a elle aussi joué "un rôle prépondérant dans la lutte en faveur des droits des femmes, de la démocratie et de la paix au Yémen", "aussi bien avant que pendant le Printemps arabe", a indiqué le comité Nobem.

Quelques instants après sa nomination, Tawakkol Karman a tenu à dédier son Nobel au "Printemps arabe". "Il s'agit d'un honneur pour tous les Arabes, les musulmans et les femmes", a déclaré la jeune femme, l'une des icônes du mouvement de protestation populaire au Yémen, à la chaîne d'information arabe Al-Arabiya, basée à Dubai. "Je suis très heureuse (...) je ne m'attendais pas à recevoir ce prix et je ne savais même pas que ma candidature avait été posée", a-t-elle encore dit.

Remise du prix le 10 décembre à Oslo

Jusqu'à présent, seules 12 femmes avaient reçu le prix Nobel de la paix en 110 ans d'histoire, la dernière étant l'écologiste kényane Wangari Maathai qui vient de décéder. Le comité Nobel espère que le prix décerné à ces trois femmes "contribuera à mettre fin à la répression dont les femmes sont toujours victimes dans de nombreux pays et à exprimer le grand potentiel que les femmes peuvent représenter pour la paix et la démocratie".

Le prix sera remis à Oslo le 10 décembre, date-anniversaire de la mort de son fondateur, l'industriel et philanthrope suédois Alfred Nobel. Il consiste en une médaille, un diplôme et un chèque de 10 millions de couronnes suédoises (environ un million d'euros) à se partager.