Jumeaux tués sur la route : "il n’y a pas de pardon"

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Europe 1
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Le père de Nathan et Quentin, fauchés sur une route de l'île de l'Oléron le 15 août 2011, s’exprime alors que s’ouvre le procès des chauffards à l’origine de l’accident.

La haine s’est ajoutée à sa douleur. Le 15 août 2015, les parents de Nathan et Quentin ont perdu leurs jumeaux, âgés de 15 ans, fauchés sur une route de l’île d’Oléron. A l'origine de l'accident : le chauffeur d'un camion en excès de vitesse et sous l'emprise du cannabis ; et le conducteur d'un scooter, également sous l’emprise de la drogue et dont le taux d'alcool dans le sang s’élevait à 2,35 grammes. Ce dernier a fait un écart à l’origine de l’enchaînement des faits provoquant ce drame. Les deux hommes sont jugés jeudi par le tribunal correctionnel de La Rochelle, où les mesures de sécurité sont renforcées.

>> Leur père, Jean-Marc Delorand, revient sur la douleur incommensurable qu’il ressent depuis la mort de ses jumeaux.

"Ma haine ne s’arrêtera jamais". Quatre ans ont passé depuis l’accident mortel qui a coûté la vie à Nathan et Quentin qui circulaient à scooter ce soir d’été comme les autres. Mais pour ce père la douleur de la perte de ses deux enfants reste intacte. Il appréhende donc d’avoir en face de lui les deux chauffards à l’origine du drame. "Les rencontrer, les affronter, les avoir à cinq mètres de moi, ça me fait très peur. Je ne sais pas comment je vais réagir. J’ai la haine. On dit que le temps affaibli la haine, mais ce n’est pas mon cas, c’est même plus fort qu’avant. Et je pense que ça ne s’arrêtera jamais", confie Jean-Marc Delorand.

"J’espère qu’ils seront condamnés fermement". Une haine qui inhibe tout pardon. "Qu’est-ce que vous voulez que j’attende comme message ? Un pardon ? Des excuses ? Non. Ça je n’en veux pas. Un pardon ce serait trop facile", estime-t-il. Jean-Marc Delorand semble trouver son salut dans une condamnation sans équivoque des deux prévenus. "Je veux qu’ils aillent en prison. J’espère qu’ils seront condamnés fermement", reconnaît-il.

"Quand vous prenez un peu de bonheur, vous avez honte". Priver de liberté les deux hommes qui sont à l’origine de la mort de ses fils, tout comme lui est privé d’une liberté de vivre pleinement depuis l’accident. "Tout ce que vous faites, quand vous prenez un peu de bonheur, vous avez honte. Vous vous dites : ‘mais tu n’as pas le droit de prendre du bonheur, tu es en deuil’. Ça, c’est continuellement dans la tête", s’épanche Jean-Marc Delorand.

"Une grande partie de moi est partie avec mes enfants". Les parents endeuillés vivent donc dans une dualité permanente, tiraillée entre l’envie d’avancer et leur deuil impossible. Et de préciser : "la vie n’est plus du tout pareil. Une grande partie de moi est partie avec mes enfants. Parfois, je me dis que l’on joue une pièce de théâtre avec ma femme. On rigole, on est avec tout le monde, on vit normalement. Et quand on se retrouve tous les deux, c’est comme si on avait tiré le rideau : on s’effondre."