Kosovo-Serbie : la boîte de Pandore d’une redéfinition des frontières

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L'édito international de Vincent Hervouet est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1 - Le 6h - 9h
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Chaque jour, Vincent Hervouet traite d’un sujet international.

Le Président de la Serbie et celui du Kosovo vont discuter aujourd’hui d’un échange de territoires. C’est un tabou qui saute et les conséquences sont incalculables.

Dans le chaos du monde, il reste quelques principes comme l’intangibilité des frontières. Même quand elles ont été dessinées à la règle aux colonies ou avec du sang frais dans les Balkans, on ne touche plus aux frontières, ce serait ouvrir la boite de Pandore.

Sauf que ce matin, le Serbe et le Kosovar seront à Bruxelles pour ce qu’ils appellent pudiquement un "ajustement frontalier". C’est une litote. Il s’agit de troquer deux zones frontalières. D’un côté  une vallée peuplée d’Albanais mais qui se trouve en Serbie et de l’autre le canton de Mitrovitza où se sont regroupés à peu près  autant de Serbes.

Les Américains poussent à la roue. La commission européenne déborde d’optimisme. Le  Serbe Vukich qui fut un ultra-nationaliste et l’ancien chef terroriste Hashim Tashi palabrent sans se saisir à la gorge. Ils sont critiqués dans leur propre camp mais ce sont deux réalistes : la Serbie a besoin d’un accord avec le Kosovo pour être acceptée dans l’Union européenne. Et le Kosovo verra son indépendance reconnue, de facto.

Alors, pourquoi faire la fine bouche ?

C’est un coup de canif dans une frontière. Cela crée un précédent. Demain, les Albanais de Macédoine demanderont leur rattachement au Kosovo. Les Serbes de Bosnie voudront dépendre de Belgrade, etc, etc. La mosaïque des Balkans c’est une bombe à fragmentation. 

Et le Kosovo rend prudent. Il y a bientôt 20 ans, les Américains ont forcé les Européens à y faire la guerre. Pour faire cesser la répression. La Serbie a subi 78 jours de bombardements, sans vote de l’Onu, au mépris de la charte de l’Otan et en se moquant des conventions de Genève. Un état a ensuite été créé au Kosovo et le tabou a été violé.

Depuis, à chaque fois que les Russes se taillent un petit bout de l’Ukraine ou de la Géorgie, ils font référence à ce précédent du Kosovo. 

Enfin, il faut bien voir que l’échange de territoires se ferait sur une base ethnique. Un canton serbe contre une vallée d’Albanais. C’est avouer qu’orthodoxes et musulmans ne se sont pas mélangés. C’est l’échec éclatant du multiculturalisme.