Pourquoi Donald Trump est-il toujours le champion des "pauvres petits blancs" américains ?

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Les Éclaireurs est une chronique de l'émission Europe Matin - 7h-9h
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Mardi 3 novembre, les Américains votent pour élire leur futur président. Ils devront choisir entre le républicain populiste Donald Trump ou le démocrate modéré Joe Biden. Dans le septième épisode du podcast "Les Éclaireurs", Matthieu Belliard prend le temps de s'interroger avec l'historienne Sylvie Laurent sur ceux qu’on appelle les "pauvres petits blancs". Elle nous explique pourquoi ces Américains sont sensibles aux dérapages racistes du président. Mais ils ne sont pas les seuls !

Quand on est français, le moindre débat à la télé américaine peut nous estomaquer. Dans la bouche des hommes et des femmes politiques, on entend des mots comme : "race", "blanc", "noir," afro-américain". Ce sont des mots tabous en France. Mais aux Etats-Unis, c’est la loi : sur ses papiers, il faut indiquer poliment, avec neutralité, si l'on est "caucasien" ou "afro-américain", parce que la couleur de peau est constitutive de l'identité de chaque citoyen américain, depuis les Pères Fondateurs.

Mais que reste-t-il aujourd'hui de cet héritage, de cette nation "blanche" sensible aux discours de Donald Trump ? En quoi cette histoire peut-elle influencer le scrutin ? Comment depuis quatre ans, l’hôte de la Maison-Blanche a-t-il cultivé la peur d'être envahi, spolié par les minorités ? Et les "petits pauvres blancs" sont-ils les seuls à avoir voté pour Trump ?  

Dans le septième épisode du nouveau podcast "Les Éclaireurs", et à quelques jours de la présidentielle aux Etats-Unis, Matthieu Belliard prend une nouvelle fois le temps d’écouter le monde changer. Avec son invitée, l'historienne Sylvie Laurent, auteure de "Pauvre petit blanc : Le mythe de la dépossession raciale" (Ed. La Maison des sciences de l'homme), le présentateur de la matinale d'Europe 1 s'interroge sur le mythe de dépossession raciale et la façon dont Donald Trump s'en est servi pour s'installer à la Maison-Blanche. 

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Trois idées à retenir pour prendre le temps d’écouter le monde changer

Donald Trump a été élu parce qu’il s’est présenté comme le président des blancs (à partir de 4'00 ). "Donald Trump n'a pas été élu parce qu'il est blanc, il a été élu parce qu'il s'est présenté comme le président des Blancs. Tous les présidents américains blancs se sont présentés sur un discours d'inclusion, d'universalisme. Ils seraient les présidents de tous les Américains. D'ailleurs les présidents républicains alors qu'on pouvait penser qu'ils étaient un peu réactionnaires sur un certain nombre de sujets, ont eu une attitude extrêmement ouverte et progressiste vis-à-vis d'une conception de la citoyenneté américaine", détaille l'historienne. "Ce qui est vraiment nouveau avec Donald Trump, c'est qu'il apparaît sur la scène politique en expliquant que Barack Obama est illégitime, qu'il n'est pas américain. Il fait campagne en expliquant que les Hispaniques viennent violer nos femmes, les Chinois viennent fermer nos usines, qu'il nous faut un mur, réveillant ce vieux complexe de l'Amérique blanche qui a peur d'être assiégée". 

Le racisme aux Etats-Unis est beaucoup plus insidieux que les dérapages de Trump. (à partir de 14'00) "On ne peut pas comprendre les États-Unis si on ne comprend pas que le racisme est quelque chose qui est beaucoup plus subtil qu'on voudrait le croire. Aujourd'hui encore, les idées racistes sont le ferment d'un électorat qui va bien au delà des 40% qui supportent Donald Trump. Etre raciste, ce n'est pas dire 'je n'aime pas les Noirs', 'je pense qu'ils devraient retourner en Afrique'. Ce serait trop simple si c'était cela", pointe Sylvie Laurent. "Aujourd'hui aux États-Unis, une majorité de Blancs américains pensent que l'Amérique est post-raciale, qu'on a vaincu les démons du passé et que, par conséquent, il ne tient qu'aux Noirs de se prendre en main pour qu'il y ait moins de brutalités policières, moins d'incarcérations, moins de délinquance, etc".  

Donald Trump n’a pas été élu que par des "pauvres petits blancs", loin de là… (à partir de 15'12) "Vous savez, quand il y a une espèce de réalité incompréhensible qui surgit, on cherche des explications et il donc il s'est rapidement imposé l'idée selon laquelle il y avait quelque part dans la "Rust Belt" (la "ceinture de la rouille", NDLR), des millions de Blancs déclassés, malheureux", rappelle l'historienne. "La réalité empirique, telle que documentée par des dizaines d'études, c'est qu'il y a en effet quelques centaines de milliers de personnes traditionnellement favorables au Parti démocrate qui, dans la ceinture de la rouille, ont voté pour Donald Trump. Ces gens ont existé, mais ils sont un épiphénomène par rapport aux 60% de Blancs qui ont choisi Donald Trump, contre 39 % pour Hillary Clinton". "On a oublié la réalité qui est que le revenu moyen de l'électorat de Donald Trump est supérieur au salaire moyen aux Etats-Unis, que les plus pauvres aux Etats-Unis ne votent pas et que lorsqu'ils ont voté ils ont davantage voté pour le parti démocrate", insiste-t-elle.

 

Références

"Pauvre petit blanc : Le mythe de la dépossession raciale" (Ed. La Maison des sciences de l'homme),

-Extrait discours de Donald Trump Make America great again 19 juin 2019 (YouTube)

-Trump CNN 28/08/16

-Spike Lee, interview sur Europe 1 avec Matthieu Belliard 09/06/20

-Sujet de Xavier Yvon sur Europe 1 23/10/2020

-Extrait discours de Donald Keep america great 19 juin 2019 (YouTube)

Musiques :

-Hymne Américain The star spangled banner

-Bob Dylan - Only a pawn in their game   Album : The Times They Are A Changin' 1964

-Thierry Caroubi - Circuits Boards

 

 

"Les Éclaireurs" est un podcast Europe 1 studio

Présentation : Matthieu Belliard

Programmation : Marine Apruzzese

Réalisation : Jean Lénaff (avec Xavier Jolly)

Cheffe de projet édito : Fannie Rascle

Diffusion et édition : Clémence Olivier

Graphisme : Karelle Villais

Direction d'Europe 1 Studio : Olivier Lendresse

Archives : Service Documentation et Patrimoine