Roland-Garros : le pire bilan de l’histoire pour le tennis français

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L'édito sport est une chronique de l'émission Europe Matin - 6h-9h
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Chaque jour, la matinale d'Europe 1 revient sur l'un des événements sportifs qui fait l'actualité. Ce vendredi, Virginie Phulpin revient sur l'élimination de tous les joueurs français engagés en simple dès la première semaine tournoi de Roland-Garros. Selon elle, c'est le pire bilan de l'histoire du tennis français mais il faut prendre ça comme une bonne nouvelle.

Le tennis français au fond du trou. Aucun de nos représentants n’a passé le deuxième tour de Roland Garros, ni chez les femmes, ni chez les hommes. C’est une triste première dans l’histoire. Pourtant, pour Virginie Phulpin, il faut prendre ça comme une bonne nouvelle.

Ce zéro pointé peut être l’électrochoc dont on avait besoin. Un échec historique pour enfin regarder la réalité en face. Ça fait plusieurs années que le tennis français est sur une pente descendante et savonneuse. Mais d’habitude il y a toujours un joueur ou une joueuse à Roland-Garros pour être l’arbre qui cache la forêt du néant. Et on se concentre sur cette éclaircie pour se bercer de l’illusion que tout ne va pas si mal, finalement.

L’an dernier par exemple c’est Hugo Gaston qui avait joué ce rôle, et on avait préféré s’extasier sur ses performances, et il y avait de quoi, plutôt que de voir le vide derrière. C’est humain, mais dangereux.

Cette année, rien ni personne pour se raccrocher aux branches. Au moins comme ça c’est clair, on n’a plus d’autre choix que de l’avouer sans détours : le tennis français ne va pas bien. Vous savez parfois c’est utile de toucher le fond pour pouvoir rebondir. "Il n’y a plus de Français à Roland Garros". C’est la fameuse phrase que l’on attend chaque année, mi-amusés, mi-fatalistes. En 2021 elle arrive un peu en avance. On avait peut-être besoin de ça pour ouvrir les yeux.  

Ouvrir les yeux d’accord, et faire quoi ensuite ?  

C’est compliqué de tirer les leçons d’un échec collectif dans un sport individuel. La fédération ne peut pas créer de toutes pièces un champion ou une championne. Mais son devoir, c’est que les conditions soient réunies pour que les jeunes joueurs puissent éclore. Et manifestement, le système est grippé.

Une nouvelle équipe est arrivée à la tête de la fédé en janvier, on ne peut pas lui imputer l’échec actuel évidemment. Mais maintenant, c’est elle qui doit relever le défi. Le tennis a changé, il y a aujourd’hui de nombreuses structures d’entraînement privées qui fonctionnent bien, et plutôt que de les regarder d’un air hautain, il faut travailler ensemble. C’est l’émulation qui fera la différence. Il faut aussi retrouver la notion de plaisir et de bienveillance. Ça ne sert à rien de pousser à fond les plus jeunes pour qu’ils gagnent des tournois à 12 ans et soient complètement grillés une fois adultes.

Et puis il y a quelque chose d’essentiel que le tennis français a trop longtemps négligé. Travailler sur le mental. On est à Roland-Garros, on a sous les yeux le meilleur exemple qui soit. Rafael Nadal. C’est d’abord dans la tête qu’il est plus fort que les autres. Et ça, ça se travaille. Personne n’a de baguette magique, ça va prendre du temps. Mais le bilan désastreux de 2021 peut être le début d’une nouvelle ère.