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Chaque jour, la matinale d'Europe 1 revient sur l'un des événements sportifs qui fait l'actualité. Ce mercredi, Virginie Phulpin revient sur les propos de la ministre des Sports Roxana Maracineanu qui a dit qu’elle préfère emmener son fils à un match de rugby plutôt qu’un match de foot. Des propos agaçants mais a-t-elle vraiment tord ?

"À chaque fois que je vais au stade, je me dis heureusement que j’ai emmené mon fils au rugby plutôt qu’au foot". La petite phrase est de Roxana Maracineanu après les incidents lors de Lyon Marseille dimanche. Ce genre de comparaison peut être très agaçant, mais peut-on vraiment donner tort à la ministre des sports ?

Ah, l’éternelle comparaison entre le foot et le rugby, les bas du front qui aiment le ballon rond et les gens de valeur qui préfèrent l’ovale. Avouez que depuis ce week-end, on la voyait revenir à la vitesse d’un Romain N’Tamack ou d’un Kylian M’Bappé. Il faut dire qu’entre un stade de France euphorique et bon enfant samedi soir pour la victoire du XV de France contre les All Blacks et la soirée pitoyable de dimanche quand Lyon et Marseille auraient dû s’affronter un peu plus de quatre minutes, il fallait se mouiller la nuque. Enfin, quand je dis se mouiller la nuque, ça ne veut pas dire lancer une bouteille, on est bien d’accord ?

Alors d’abord on va éviter de comparer un match entre des équipes nationales et une rencontre entre clubs, l’ambiance n’a rien à voir, que ce soit au foot ou au rugby, là on met tout le monde d’accord. Ca n’est pas du tout ce qu’a dit Roxana Maracineanu, d’ailleurs. Mais la ministre a osé cette comparaison entre les deux sports, du point de vue de la sécurité en tribunes. Evidemment que c’est agaçant. Surtout pour l’immense majorité des spectateurs ou supporters de foot qui se comportent très bien dans les gradins. Ils sont en permanence renvoyés à leur image désastreuse. Et puis certes, il y a beaucoup moins d’incidents au rugby, mais tout n’est pas rose non plus. Des scènes de violence, on en voit aussi, jusque dans le rugby amateur. Mettons donc un peu de nuance. 

D’accord, mais la ministre n’a quand même pas complètement tort.

 

Dépassons cette petite phrase agaçante. Roxana Maracineanu cherche surtout à mettre les instances du football et les clubs devant leurs responsabilités. Et ils en ont, des responsabilités, dans tout ce qu’on voit dans les stades de foot depuis le début de la saison. On peut comprendre que la ministre agite le chiffon rouge : si vous ne faites rien, les familles vont finir par déserter les stades. Comment lui donner tort ? On peut trouver ça triste, mais le football véhicule bel et bien une image déplorable depuis des années. Roxana Maracineanu dit qu’elle ne fait pas confiance aux clubs pour assurer la sécurité dans les stades. Avec six incidents graves depuis le début de la saison, il y a peut-être une part de vrai, non ?

Bien sûr qu’on attend aussi de Roxana Maracineanu et de son ministère d’être force de proposition pour régler le problème des tribunes. Elle ne peut pas s’exprimer qu’en tant que spectatrice. Mais être ministre des sports, c’est aussi secouer le cocotier et faire sortir les instances du foot de leur immobilisme. Si ça doit passer par des comparaisons caricaturales, c’est dommage, mais le fond de la réflexion reste intéressant.