EDITO - "La crise des candidatures doit nous inviter à repenser les événements sportifs"

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© Europe 1
L'édito sport est une chronique de l'émission Europe Matin - 7h-9h
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Il n'y a plus que deux projets en lice pour accueillir la prochaine Coupe du monde féminine de football en 2023 : la Colombie et le ticket Australie - Nouvelle Zélande. Loin des neufs candidatures déposées au départ pour cette épreuve. Virginie Phulpin s'inquiète d'une tendance qui touche toutes les compétitions, même les plus regardées.

La FIFA choisit ce jeudi quel pays organisera la coupe du monde féminine de football en 2023. Au départ, il y avait neuf candidats. Mais ils ne sont plus que deux. Votre crainte, c’est que plus personne n’ose se lancer dans l’organisation de grands événements sportifs, et que le sport féminin soit le premier touché. 

C’est la crise des candidatures. Pour les Jeux olympiques, pour les Coupes du monde, c’est la même chanson. Il y a quelques années encore, le pays qui réussissait à obtenir l’organisation d’un grand événement sportif décrochait le Graal. Tout le monde se battait pour être l’élu. Aujourd’hui, on a l’impression que ça devient une punition d’être un pays organisateur. 

Pourtant, on a de bons souvenirs vivaces. Il y a un an, la Coupe du monde féminine de football avait lieu en France. Ça a été un énorme succès. Et il y avait déjà neuf candidats pour organiser la suivante, en 2023. Oui, mais au fil des mois, il y a eu sept désistements, il ne reste plus que la Colombie et le duo Australie-Nouvelle Zélande à départager.

Le dernier candidat à avoir jeté l’éponge, c’est le Japon, il y a trois jours. Le pays doit déjà faire face à un report de ses Jeux olympiques dont la majorité des Japonais ne veulent plus, alors se lancer dans une nouvelle aventure, très peu pour eux. 

Aujourd’hui, ce qui ressort, c’est qu’un événement sportif ça coûte trop cher, les populations aiment autant que ça se passe ailleurs que chez elles, il y a des critiques sur l’empreinte écologique de ces compétitions, et en plus maintenant il y a la menace de pandémies qui peuvent tout mettre à terre. Donc qui peut se permettre de prendre de tels risques ? Les Etats y réfléchissent à deux fois.

Ma crainte, c’est qu’à l’avenir seuls les pays très riches, comme les pays du Golfe par exemple, se lancent, ou uniquement les pays autoritaires, qui se fichent pas mal de l’opinion de la population. 

Et le sport féminin est le premier touché.

Il est toujours le premier touché. Là ça se voit avec cette hécatombe des candidatures pour la Coupe du monde de football. Quand le monde vit une crise comme aujourd’hui, sanitaire et économique, en sport, c’est d’abord les femmes qu’on lâche. Ça existe dans les clubs, dans tous les sports. Et pour les candidatures au Mondial.

Pour l’épreuve masculine, même si ça devient plus compliqué d’avoir de potentiels organisateurs, on y arrivera, parce que ça reste une valeur refuge. Alors que pour le foot au féminin, les pays ont l’impression de prendre un risque supplémentaire parce qu’ils ne sont pas sûrs que le succès sera au rendez-vous. Et ils se disent que c’est peut-être beaucoup d’investissement pour rien. Donc ils se désengagent.

J’espère vraiment que le Mondial en France n’aura pas été l’apogée pour le sport féminin avant de traverser des années sombres. La crise des candidatures doit nous inviter à repenser les événements sportifs. Tous. Pas juste les compétitions féminines.