EDITO - "C'est tellement plus facile de taper sur les joueurs que de trouver des solutions globales"

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© Europe 1
L'édito sport est une chronique de l'émission Europe Matin - 7h-9h
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Depuis la crise du coronavirus qui a mis en difficulté les finances de certains clubs sportifs et notamment de football, le débat fait rage sur les baisses de salaires acceptées ou non par les joueurs professionnels. Le capitaine de l'OM Dimitri Payet en a récemment fait les frais.

Il y a un débat sur certains joueurs de football qui refusent toute baisse de salaire pour aider leur club en ces temps de crise. Dimitri Payet, le capitaine de l’OM, s’est attiré les foudres de nombreuses personnes en disant qu’il avait des charges à payer. Pour vous, c’est facile de taper sur les joueurs sur ce genre de sujet, vous êtes assez partagée. 

 Le premier réflexe c’est de s’énerver contre leur attitude égoïste et hors sol comme on dit aujourd’hui. C’est vrai que quand Dimitri Payet explique qu’il a des charges et qu’il doit agir en bon père de famille, on se dit qu’avec un salaire de 500.000 euros mensuels, ça devrait être possible de gérer ses fins de mois sans trop de problèmes. Et on a aussi envie de lui répondre que s’il voulait coller au cliché de milliardaire en short qui ne pense qu’à lui, il ne s’y serait pas pris autrement.

Forcément, c’est compliqué d’entendre ce genre de choses pour tous les Français qui ont perdu leur emploi à cause de cette crise, pour ceux qui ont vu leur salaire baisser parce qu’ils ont moins travaillé et pour les gens qui travaillent dans les clubs et qui s’inquiètent légitimement pour leur avenir.

S’il jouait au bowling plutôt qu’au foot, Dimitri Payet aurait réussi un strike légendaire en une seule phrase. Donc la communication est désastreuse, ça c’est sûr. Mais sur le fond, ça n’est pas aussi simple que ça. 

Vous lui trouvez des excuses ?

 Oui, pour plusieurs raisons. D’abord une carrière de footballeur, c’est très court. Mais bon, cet argument est assez court aussi, je l’avoue.

Ensuite il faut quand même dire que beaucoup de footballeurs, en France, ont accepté des réductions de salaire pendant la crise. Des footballeuses aussi, plus facilement d’ailleurs, mais ça c’est un autre débat. Alors certes, ça ne s’est pas passé comme on l’a vu au Bayern Munich, au FC Barcelone ou à la Juventus de Turin, où l’ensemble des effectifs ont consenti à être moins payés. En France, on a plutôt fait du cas par cas, du coup forcément chacun voit ce qui l’arrange. Ça n’est pas glorieux, c’est sûr. Mais ça ne vous rappelle pas les réunions des dirigeants où chacun voyait midi à sa porte pour l’arrêt de la saison, la reprise ou la saison blanche ? Alors pourquoi on reprocherait aux joueurs de vouloir défendre leurs intérêts propres ? Ils font comme tout le monde, en fait… Donc ils ont peut-être des réactions égoïstes, oui, c’est agaçant, mais c’est humain. On ne peut pas leur demander d’être des modèles de vertu dans un monde du football qui n’est pas vertueux du tout.

Derrière le message de Dimitri Payet, il y a aussi forcément l’idée que si son club est dans une situation financière compliquée, ça n’est pas la faute des joueurs et qu’il n’a pas envie de payer les pots cassés. Oui c’est simpliste, oui c’est maladroit et il n’aurait pas dû s’exprimer comme ça. Mais il a raison sur un point : cette crise nous a prouvé que le football devait remettre en cause son modèle économique, s’il continue à ne faire que surfer sur la bulle des droits télé, c’est dangereux.

Ca n’est pas au niveau des joueurs que les changements peuvent avoir lieu, ils n’ont pas les clés du modèle économique. Et ça n’est pas en leur baissant leur salaire pendant trois mois que les voyants vont repasser au vert. Mais c’est tellement plus facile de leur taper dessus que de chercher des solutions globales.