Pendant la crise des "gilets jaunes", le travail parlementaire continue sans tenir compte de la colère

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Le fait politique est une chronique de l'émission Europe Matin - 7h-9h
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Chaque matin, Michaël Darmon évoque un sujet précis de la vie politique.

Ce week-end, pendant la mobilisation nationale des "gilets jaunes", les députés et sénateurs étaient en séance. Michaël Darmon a suivi leurs travaux ce qui lui a fait découvrir des choses étonnantes.

Il faut s’imaginer la scène, tandis que les gilets jaunes sont sur les barrages, les députés sont en train de boucler le budget samedi.
Sur quoi le gouvernement leur a-t-il demandé de voter ? Sur un régime fiscal allégé pour l’utilisation de l’huile de palme dans les biocarburants. La conséquence est la fragilisation des filières colza qui fournissent leurs productions pour le carburant vert.
Il a fallu une mobilisation des députés MoDem, socialistes et de quelques députés marcheurs des territoires ruraux vent debout pour mettre en minorité le gouvernement de justesse. Il y a eu une suspension de séance et des explications tendues au sein de la majorité. Le gouvernement a donc finalement été mis en minorité.
On rappelle que le discours du gouvernement est de vouloir soulager les zones rurales et faciliter la transition écologique.

Mais ce n’est pas tout puisque, de leur côté, qu’on fait les sénateurs dirigés par la droite pendant le week-end des "gilets jaunes" ?
Ils ont repoussé d’un an, à 63 ans, l’âge légal de la retraite. On était là dans le cadre de l’examen du budget de la sécu.
Une mesure contre l’avis du gouvernement qui pourra revenir dessus à l’Assemblée.
Rappelons qu’au même moment dans la rue, les responsables des Républicains soutiennent les "gilets jaunes" contre le gouvernement pas assez social, alors que Les Républicains avaient mis au programme la suppression totale des emplois aidés.
Donc les doubles discours dépassent les clivages.
Ce week-end, il faut le savoir, il y avait des parlementaires moralement en "gilet jaune" pour faire barrage.

Effectivement, entre les barricades et la bataille des amendements, on voit que les élus ont des ressources pour défendre les citoyens. Quelque part c’est rassurant, mais ce mouvement des "gilets jaunes" où va-t-il aujourd’hui ?

Sans leader et sans autre message que "Macron, ça suffit !", il risque de ne pas pouvoir déboucher sur grand-chose car la colère seule ne permet pas de créer un rapport de force en démocratie.
Beaucoup sont méfiants vis à vis des corps constitués et peuvent confondre récupération et efficacité. Ce mouvement inédit devra donc se structurer et parler aux autorités au risque de s’étioler et de laisser la place à des irréductibles, à ceux qui ont pour devise "Gilet jusqu’au bout !"