France - Syrie : le retour de la real politique

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Le fait politique est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1 - Le 6h - 9h30
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Chaque matin, Michaël Darmon évoque un sujet précis de la vie politique.

Ce mercredi, nous partons dans les coulisses de la diplomatie et du dossier Syrien. 

L’ultime bastion de l’insurrection syrienne autour d’Idleb devient le théâtre d’une des batailles les plus complexes de cette guerre. C’est dans ce contexte que la France tente une opération inattendue : revenir dans le jeu en Syrie.

C’est l’une des actions les plus discrètes de la vie diplomatique alors que la France redoute officiellement une catastrophe humanitaire dans la province d’Ibled, selon Jean-Yves Le Drian.

Il existe un constat pragmatique au sommet de l’État : Bachar El Assad a gagné la guerre en Syrie avec ses alliés russes et iraniens, aidé par les Kurdes. L’État islamique a disparu sur le terrain d’où la question : quelle attitude adopter alors que le chef du régime syrien, sans état d’âme vis à vis de son peuple, est toujours en place et que rien n’indique qu’il soit fragilisé ?

Il faut avoir en tête la doctrine du quai d’Orsay depuis des années, portée par Laurent Fabius (ancien patron de la diplomatie : le départ du président syrien comme préalable à toute reconstruction politique en Syrie.

Avec une conséquence en eaux profondes, la rupture des liens entre les services secrets syriens et français par tradition fluides puisque les agents syriens ont depuis des années l’habitude de travailler à partir de Paris. 

À plusieurs reprises, les Syriens avaient pourtant sollicités les Français en leur proposant des listes de personnes impliquées dans les actions terroristes mais la France n’a pas voulu traiter ces informations.

Le résultat c’est que la France, qui ne pèse pas dans le jeu au côté de la Russie, souhaite revenir à la table, histoire de correspondre aux volontés officielles d’être un pays influent.

Paris recommence donc à parler avec le régime Syrien et envoie des signaux.

Par exemple ?

Avec la technique de la boîte aux lettres officielle, une méthode connue dans les services.

En juin, un représentant personnel du président de la République a été nommé. Il a pris ses fonctions à la rentrée, au moment de la conférence des ambassadeurs, et s’appelle François Sennemaud. Ancien directeur du renseignement de la DGSE, il était ambassadeur à Téhéran. Il incarne le geste français à l’égard de Damas : ambassadeur itinérant. C’est un "SAS" autrement dit "Sans Ambassade Structurée".

Cela permet de maintenir un canal officiel. 

Une façade pour faciliter et masquer en sous main le pragmatisme qui est à l’œuvre avec des missi dominici et des envoyés spéciaux. Ceux qui ont pour mission très spéciale de rapprocher les vues entre Paris et Damas.

Loin des enceintes officielles et des communiqués soigneusement rédigés, ils appliquent un principe fondamental en diplomatie parallèle : l’important n’est pas de savoir nager en eaux  troubles, mais de savoir troubler l’eau pour pouvoir y nager.