Londres : une affaire d’empoisonnement présumée digne de John le Carré

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La police contre-terroriste est saisie du cas d'une ancienne taupe de 66 ans. Il est hospitalisé depuis dimanche dans un état critique.

L'empoisonnement présumé d’un ancien agent russe. Il s’appelle Sergueï Skripal et a été condamné en Russie, en 2006, pour haute trahison et emprisonné. Car pendant presque 10 ans, il avait été agent double, révélant aux renseignements britanniques l’identité de dizaines agents russes présents en Europe, en échange de plus de 100.000 dollars. En 2010, un spectaculaire et exceptionnel  "échange d’agents" avait eu lieu entre la Russie et les Etats-Unis et Skripal avait pu se réfugier au Royaume-Uni. Depuis il vivait discrètement dans la ville de Salisbury.

Pour le moment, tout ce que l'on sait de cet empoisonnement présumé, c’est que Sergueï Skripal a été retrouvé inconscient ce dimanche, juste à côté d’une zone commerçante. Les passants qui ont donné l’alerte racontent que l’homme et sa fille étaient sur un banc, elle "penchée sur lui, affalée" comme évanouie, tandis que lui avait les yeux ouverts et "vitreux". Ils sont en soins intensifs, dans un état critique, pour une "exposition présumée à une substance toxique" mais pas de précision, pour l’instant, sur le fameux poison.

Et ce n’est pas la première fois avec des agents russes passés à l’ouest ? 

Non, puisque l’année même où Skripal était condamné en Russie, en 2006, un autre ex-agent russe était mort empoisonné en Grande Bretagne. Litvinenko, un opposant à Vladimir Poutine, avait bu un thé contaminé au polonium 210, une substance radioactive. Une enquête publique avait conclu que cet empoisonnement avait très probablement été approuvé par le Kremlin.

Moscou a déjà pris les devants, affirmant n’avoir "aucun information" sur ce qui arrive à Sergueï Skipal. Et Londres promet déjà une "réponse ferme" si la responsabilité d’un Etat était démontrée par l’enquête.

Direction la France à présent, on vous racontait il y a quelques semaines l’enlèvement d’un dissident en Thaïlande. Et bien cette fois, il s’agit de la minorité Ouïghour, et les services chinois les traquent jusque chez nous, en France.

Absolument, c’est ce que révèle une enquête de la revue américaine Foreign Policy. Les Ouïghours sont cette minorité ethnique qui vit dans le Xinjiang, une province autonome du nord-ouest de la Chine. C’est une minorité turcophone et musulmane qui est étroitement surveillée par les autorités chinoises et très souvent réprimée. Une minorité de la minorité séparatiste s’est radicalisée au fil des décennies. La "lutte anti-terroriste" est devenue un prétexte pour viser tout le monde et faire un amalgame avec ceux qui revendiquent leur culture ouïghour de façon pacifique. Des commissariats ont été installés partout, dans les villes et jusque dans les campagnes profondes pour contrôler la population.

Et donc, jusqu’ici en France ?

Oui, c’est ce que révèle cette enquête de Foreign Policy. Pékin surveille aussi la diaspora. Des Ouïghours qui vivent en France, et même qui parfois ont la double nationalité, ont été contactés par des policiers, soit par téléphone soit par la messagerie WeChat et priés d’envoyer toutes sortes de documents : adresse du domicile et du travail, copie de passeport et de cartes d’identité, certificats de mariage le cas échéant, des bulletins de salaire, une photo à côté d’un bâtiment connu.

Et si la personne refuse ?

Et bien ce sont alors des menaces sur la famille restée en Chine : "Ce serait embêtant d’avoir à rendre visite à votre père et votre mère tous les jours", dit un policier chinois dans une conversation à laquelle le journal a eu accès. Parfois ce sont les proches qui appellent directement, depuis la Chine, pour dire "envoie ce qu’on te demande car nous vivons toujours sur place". La surveillance du gouvernement chinois rattrapent les Ouïghours jusqu’ici en France et ceux-là témoignent aussi de leur angoisse, lorsqu’ils appellent en Chine, de peur que personne ne réponde, que la famille ait été embarquée en camp de rééducation.

Il faut dire que la surveillance des Ouïghours, là-bas en Chine, a été érigée en système ces dernières années.

Oui, bien au-delà des politiques qui ont consisté à les empêcher d’enseigner leur langue, de préserver leur culture propre. Des caméras ont été installées partout, avec des logiciels de reconnaissance faciale, un fichier ADN a été créé. Les passeports ont été confisqués. Les gens sont classés, comme plus ou moins dangereux, toutes leurs données sont stockées, jusqu’aux plus surprenantes. L’espionnage digital est partout, et à l’insu de la population.

Une histoire en bref pour finir, d'histoire de bouteille à la mer ?

Oui c’est un couple australien qui a découvert, sur une plage de l’Ouest du pays, une très vieille bouteille. Ils l’ont ramassée car Madame la trouvait originale… elle s’est dit qu’elle « ferait joli dans sa bibliothèque ». Et elle a bien fait : dedans se trouvait le plus vieux message jamais trouvé dans une bouteille… Un message en allemand, daté du 12 juin 1886 ! Message certifié par le Musée d’Australie de l’Ouest. On sait même qu’elle a été jetée par-dessus bord depuis le navire allemand de nom de « Paula », dans l’Océan Indien à 950 km des côtes australiennes… car figurez-vous que l’Allemagne menait à l’époque une expérience : pendant plusieurs dizaines d’années ils ont jeté des milliers de bouteilles pour étudier les courants océaniques, avec des messages indiquant la position du bateau, la date et les consignes pour celui qui trouverait la bouteille. 662 ont déjà été retrouvées ! Mais celle-ci est la plus ancienne… 132 ans à la mer