En Algérie, un youtubeur s'attire les foudres du pouvoir

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Un youtubeur populaire a fait réagir au plus haut sommet de l'État en publiant un clip en forme de pamphlet contre les élites.

Et c’est d’abord en Algérie que nous allons ce soir… Il y avait des élections locales jeudi dernier, sans grand enjeu, mais c’est l’occasion, une fois de plus, de sentir le ras-le-bol de la société civile contre les hommes de pouvoir.

Oui et c’est une vidéo qui a fait un énorme ramdam, ces derniers jours : plus de 6 millions de vues en une semaine. Un clip en forme de pamphlet, réalisé par un youtubeur très populaire en Algérie. Lui s’appelle Anes Tina, et sa vidéo "Rani Zaâfane", ce qui signifie "Je suis en colère". Le fond sonore de ce cri de révolte de presque 6 minutes, sur la musique du Titanic.

D’ailleurs il commence comme ça : "Je te pleure, Ô mon pays, ils veulent te faire sombrer comme le Titanic"… Puis, déguisé en SDF, il enchaîne, comme un réquisitoire : "Les riches peuvent quitter le navire avec des passeports diplomatiques… Je suis en colère contre ceux qui se sont enrichis sur le dos de l’Algérie… En colère contre ceux qui partent se soigner à l’étranger pour une grippe alors que les femmes meurent encore en couches… En colère de voir les harragas sur les barques vers l’Europe… Les diplômés vendre des cigarettes dans la rue pour survivre alors que d’autres, qui n’ont même pas terminé leur primaire, font des affaires et se pavanent au Parlement." C’est comme ça tout le long, le clip est émouvant et les élites en prennent pour leur grade.

Et ça les a fait réagir…

Le ministre de la Communication a accusé Anes Tina se s’enrichir, lui aussi, avec ses vidéo… Un message relayé par une chaîne de télévision privée, proche du pouvoir, qui a fait une vidéo-réponse intitulée "Je suis content". Mais la joute s’est poursuivie : le youtubeur a immédiatement publié les statistiques de ses podcasts, où l’on voit que ses vidéos ne lui rapportent aucun revenu.

En tout cas il dérange, ce youtubeur subversif…

Ah oui… Depuis 2012, il tisse sa toile sur le web… Avec au départ des petits sketchs humoristiques mais peu à peu, ses vidéos sont devenues plus politiques. Il y dénonce la désillusion, les souffrances des Algériens. En 2014 dans un rap, il conseillait à Abelaziz Bouteflika, président vieux et très malade, d’"oublier le 4e mandat". Il n’est pas le seul d’ailleurs : en avril dernier, avant les législatives algériennes, un autre youtubeur, DZ Joker, avait posté une vidéo devenue également virale : elle s’appelait "je ne vote pas". C’est une nouvelle génération qui veut éveiller les consciences, qui veut du changement… Elle fait penser au mouvement citoyen "Y’en a marre", au Sénégal, ou encore celui du "Balai citoyen", créé par deux musiciens au Burkina Faso, et qui avait largement contribué à pousser dehors l’ancien président Blaise Compaoré.

Le clip de Anes Tina, "Rani Zaâfane" :

Il y a un certain émoi, en Allemagne, depuis la condamnation vendredi d'une gynécologue, parce qu'elle indiquait sur sa page Internet qu'elle pratiquait des avortements ! Bonsoir Hélène Kohl, on a besoin d’une petite explication : pourquoi cette médecin a-t-elle été condamnée ?

C’est l’histoire d’une énorme hypocrisie ici. Car on le sait peu, mais officiellement, les IVG sont interdites en Allemagne. Dans la pratique, on ferme les yeux… Depuis 1995 seulement, ce ne sont plus des actes répréhensibles… et même, dans la plupart des cas les avortements sont remboursés. Mais en parler, non pas question ! C'est apparenté à de l'apologie de meurtre ! Et on risque la prison pour ça.

À cette gynécologue, la justice a reproché de faire de la "publicité pour l'avortement, à des fins lucratives". Il faut donner son nom, car il est repris comme un slogan depuis vendredi : elle s’appelle Kristina Häenel. Spontanément après l'annonce de sa condamnation, un mouvement de soutien s’est manifesté de la part de personnalités, mais aussi de nombreux médecins, qui à leur tour disent haut et fort, en Une des journaux : "nous aussi, nous pratiquons des avortements ! Et nous le revendiquons."

Mais si on ne peut pas en parler, comment font les femmes pour s'informer sur l’IVG ?

C'est très difficile. La loi empêche la création de sites Internet sur l'avortement, aussi neutres et scientifiques soient-ils. Les médecins qui pratiquent les IVG ne sont pas recensés, c'est une info qu'on se passe de bouche à oreille, entre copines… Un peu comme du temps des faiseuses d'anges. Donc les femmes qui cherchent des conseils tombent en premier sur des associations anti-avortement qui, elles, sont très présentes sur le web.

D'une manière générale, il y a une chape de plomb autour de l'IVG. Souvent cela se passe à la maison avec un avortement médicamenteux et les femmes sont laissées à elles-mêmes. Le médecin se contente de prescrire la pilule abortive et c'est tout. Le moins possible d'accompagnement, ça pourrait passer pour de l'apologie.

Cela semble quand même très réactionnaire. Et surprenant de la part de l'Allemagne…

Pas si surprenant en fait, car la politique familiale est très conservatrice ici. Le code de la famille est le seul secteur du droit qui contient encore des lois datant des nazis. Et le paragraphe du code pénal sur la base duquel la gynécologue a été condamnée vendredi, date lui de 1933… À l’époque c'était un moyen pour les nazis de criminaliser les médecins juifs et de leur retirer le droit d'exercer.

Merci Hélène Kohl, vous étiez en direct de Berlin.

En bref, avant de refermer ce journal du monde… Ces derniers jours, au Nord de la Norvège, c’est une véritable hécatombe de rennes…

… des rennes fauchés par des trains ! Samedi, un train de marchandises en a tué 65 d’un coup, selon la radio norvégienne. Dans les jours précédents, une quarantaine avait déjà péri sur les voies ferrées… Apparemment c’est comme ça chaque année, au moment de la transhumance de ces troupeaux semi-domestiques, quand les éleveurs les emmènent vers les pâturages d’hiver. Des éleveurs qui réclament des grillages le long de la voie ferrées, comme on en a le long des lignes de TGV chez nous… Mais pour l’instant, pas de financement pour le grillage.

Attention au parmesan que vous mangez !

Une association de défense des animaux a lancé une campagne : #notonmypasta (#notonmypasta ) : "pas sur mes pâtes". Ils sont allés filmer dans 9 exploitations agricoles de la vallée italienne du Po, pour montrer les conditions de vie terribles des vaches dont le lait produit le Parmesan et le Grana Padano… Un porte-parole des producteurs de Parmesan a confirmé que le bien-être animal n’entrait pour l’instant pas dans leurs critères car ça n’avait "pas d’impact, autre que marginal, sur la qualité du produit"… Cynique mais clair.