La BCE arrête de racheter la dette des États européens

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L'édito économique est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1 - Le 6h - 9h30
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Chaque matin, Nicolas Barré fait le point sur une question d'actualité économique.

C’est un tournant pour l’Europe : la banque centrale européenne a décidé d’arrêter la politique de soutien à l’économie qu’elle menait depuis trois ans.

Il faut savoir que depuis 2015, la Banque centrale européenne, la BCE, soutient à bout de bras l’économie en rachetant chaque mois des dizaines de milliards d’euros de dette des États, de la France, de l’Italie etc. En quoi ça aide l’économie ? C’est très simple : quelle est la différence entre vous et une banque centrale ? Quand vous achetez quelque chose, c’est avec de l’argent que vous avez gagné, pas avec des billets que vous avez fabriqué dans votre cave. Enfin en principe. Mais quand la banque centrale achète quelque chose, c’est avec de l’argent qu’elle crée. Ça fait toute la différence : elle crée des euros. Depuis 2015, la BCE a acheté 2.600 milliards d’euros d’obligations d’États européens, français, allemands, italiens etc. A qui les a-t-elle achetées ? Aux banques européennes. Qui du coup ont pu prêter cet argent à leurs clients à des taux d’intérêt de plus en plus bas. Si vous empruntez à 1,5% aujourd’hui pour acheter un logement, et pas à 3 ou 5%, c’est grâce à cette politique de la BCE.

Et c’est cette politique qu’elle a décidé d’arrêter. Pourquoi ?

Parce qu’elle considère qu’elle a atteint son but : à l’époque, il fallait éviter l’effondrement de l’économie européenne qui était menacée de déflation. Sans cette politique de la BCE, la croissance en Europe serait de 2% inférieure à ce qu’elle est aujourd’hui. Autrement dit elle serait à zéro. D’autre part, la BCE estime que sa politique de rachat de dettes des pays européens ne pouvait pas continuer indéfiniment. Car quand vous savez que vous pouvez vous endetter à pas cher et qu’il y aura toujours quelqu’un pour vous prêter, ça n’incite pas à faire très attention à ses comptes : c’est exactement ce que la BCE reproche à des pays comme l’Italie et même la France.

Alors est-ce que l’arrêt de cette politique signifie que les taux d’intérêt vont grimper ? Je vous rassure : non. Les taux des crédits, y compris immobiliers, vont rester très bas. La BCE y veille car les risques économiques n’ont pas disparu et la moindre hausse des taux d’intérêt aurait des conséquences catastrophiques, notamment dans un pays surendetté comme la France.