"Gilets jaunes" : le mouvement a rouvert le débat sur les inégalités

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L'édito économique est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1 - Le 6h - 9h
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Chaque matin, Nicolas Barré fait le point sur une question d'actualité économique.

Le mouvement des "gilets jaunes" s’essouffle, mais la revendication de plus d’égalité demeure.

C’est un des thèmes les plus fortement mis en avant : il y aurait trop d’inégalités, il faudrait donc taxer davantage les plus riches. C’est simple, ça sonne comme un slogan, ça fait facilement consensus. Surtout dans un pays maladivement obsédé par l’égalité, c’est même le premier mot de notre devise nationale. Le paradoxe, c’est que nous sommes déjà l’un des plus égalitaire de la planète ! La France est la championne du monde de la redistribution des richesses : chaque année, notre pays redistribue près de la moitié, 46,2% exactement, de la richesse qu’il produit. Plus qu’aucun autre des 36 pays de l’OCDE. Plus que le Danemark, à qui nous venons de ravir la première place des prélèvements obligatoires. Avec ce système de prélèvements et de redistribution, que se passe-t-il ? Nous transférons des richesses des plus riches aux plus pauvres, à une échelle qu’aucun autre pays n’atteint. Ce système de redistribution de richesse divise par deux les écarts de niveau de vie entre les 10% les plus riches et les 10% les plus pauvres.

En clair, notre système fiscal est efficace pour réduire les inégalités.

C’est frappant en effet : avant redistribution, nous sommes un des pays où les écarts de revenus bruts sont les plus élevés, plus élevés qu’aux Etats-Unis. Mais une fois que les impôts et les cotisations sociales ont été prélevés, les écarts sont parmi les plus faibles des pays développés. Notre système fiscal est très efficace pour corriger les inégalités, contrairement à ce que l’on entend souvent, notamment parmi les gilets jaunes : on prend beaucoup, on redistribue beaucoup. Autre légende qui ne résiste pas à l’analyse : les inégalités se seraient accrues ces dernières années. C’est faux. Les inégalités sont restées stables en France depuis dix ans, selon l’Insee. Les Français ont souvent le sentiment contraire mais c’est inexact : les 10% des ménages les plus aisés ont un niveau de vie 3,5 fois plus élevé, ce n’est pas si énorme d’ailleurs comme écart, que les 10ù les plus pauvres. Et cet écart n’a pas bougé depuis 20 ans ! En France, les vraies inégalités ne portent pas sur les revenus. Elles portent sur l’accès à l’emploi et, à la racine, à l’éducation. D’où les réformes de fond du marché du travail et du système éducatif. Les vrais enjeux sont là, pas dans la fiscalité.

 

Lire l’article de Nicolas Barré dans les Échos - Savoir arrêter