Pourquoi faut-il lire l'interview de Jean-Luc Mélenchon dans le quotidien Reporterre ?

, modifié à
  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
Partagez sur :

Chaque matin, Hélène Jouan évoque un sujet précis de la vie politique. Aujourd'hui, l'entretien accordé par le leader de la France insoumise au magazine écolo Reporterre.

La France Insoumise vient de lancer une votation citoyenne pour sortir du nucléaire. Jean-Luc Mélenchon rencontre d’ailleurs mardi l’ancien premier ministre japonais en poste au moment de la catastrophe de Fukushima, et il a accordé un entretien au magazine écolo Reporterre.

La conversion écologique de Mélenchon. Une interview qui ne prend pas pour point de départ les journalistes et qui ne lance pas le énième appel à la sédition contre le parti médiatique. L'entretien est intéressant car Jean-Luc Mélenchon revient sur sa conversion à l’écologie, pas évidente pour un socialiste productiviste pour qui tout progrès social passait d’abord par l’accroissement des richesses. "Je me rappelle avoir entendu des argumentaires", raconte-t-il, "du type les capitalistes proposent des Mercedes pour les riches et des 2cv pour les pauvres, nous c’est Mercedes pour tout le monde !".

Marx, Teilhard de Chardin, le pape François l'ont nourri. C’est la fréquentation d’Alain Bombard et la visite de la centrale nucléaire de Nogent-sur-Marne, qui produise le déclic, qui l’éveillent au questionnement écologique, qui le poussent à s’interroger sur la sûreté nucléaire. Là encore, ce n'est pas évident quand on vient comme lui de la première gauche. Et Jean-Luc Mélenchon de nous expliquer quels auteurs l’ont nourri, aussi bien Marx que Teilhard de Chardin, sans oublier le pape François et son encyclique, ainsi que sa fille, une "écolo-républicaine" dit-il. Ce sont eux qui lui font comprendre ce qu’est l’écologie politique : pas de l’environnementalisme, non, la conviction qu’il n’y a qu’un seul éco-système compatible avec la vie humaine. Toute la question posée à un dirigeant politique est de savoir comment faire passer cette idée, comment révolutionner le mode actuel de production et de consommation. "En passant outre l’obscurantisme actuel, qui n’est plus un obscurantisme religieux dit-il, mais un "obscurantisme de la publicité et des media".

Jean-Luc Mélenchon revient tout de même sur l'obscurantisme des médias, mais cela entre dans la démonstration qu’il entend faire. Une démonstration que l'on n’est pas obligés de partager mais qui se tient : pour éviter une catastrophe écologique, les êtres humains doivent se réapproprier leur destin, mais ce n’est pas chose aisée car tout est fait pour que nous nous attachions individuellement aux conséquences, quand il faudrait s’attaquer aux causes.

On avait fini par oublier que Mélenchon était aussi cet homme-là. Au fait qu’en lisant ces quelques pages, on est presque surpris de l’acuité du propos. Pourquoi ? Parce qu’on avait fini par oublier que Jean-Luc Mélenchon était aussi cet homme-là. L’un des rares à penser globalement la politique, à quoi sert-il de faire la politique si l’on ne veut pas changer les choses, sinon changer la vie pour reprendre un slogan d’un homme qu’il a tant aimé ? Mélenchon se perd tellement en invectives, refuse tellement le débat au sein même de son parti, éructe si fort à chaque fois qu’il perd quand il croyait gagner mais enfin qu’il perd tout de même - c’est encore le cas pour les deux dernières législatives partielles - qu’il finit par se perdre lui-même. C’est sa grande faute car il est aussi capable de prouver qu’il est utile au débat politique