Marion Maréchal lassée de la politique ? Ce n’est pas pour autant qu’elle n’en fait pas !

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Marion Maréchal Le Pen 1280 AFP 3:21
L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
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Marion Maréchal-Le Pen participait jeudi soir à Paris à une conférence-débat baptisée "Débrancher Mai-68". Si ce n'est pas un retour en politique, cela y ressemble fortement…

La présidentielle passée, les politiques sont pléthores à avoir préféré répondre à l'appel de la vie plutôt qu'apparaître comme accrochés à leur mandat disparu. François Fillon s'est investi dans la finance ; Bernard Cazeneuve a enfilé sa robe d'avocat ; Najat-Vallaud Belkacem s'est reconvertie dans un grand institut de sondage ; Arnaud Montebourg vend du miel et des amandes ; Ségolène Royal, entre deux pôles, écrit ses mémoires et lance sa Fondation… Marion Maréchal-Le Pen, elle, devient directrice d'école, et à ses heures perdues, discourt sur la bataille que la droite doit mener pour reconquérir le terrain des idées.

Régénérer le logiciel politique. En clair, ces politiques préfèrent les idées au combat électoral. Il faut avouer que cette bataille ne leur a guère été favorable. Mais les échecs des grands partis les poussent surtout à chercher ailleurs les moyens de régénérer leur logiciel. De son côté, Marion Maréchal-Le Pen est convaincue que le Front national ne dépassera jamais son plafond de verre par le seul jeu des alliances que sa tante essaie de nouer, en vain jusque-là. Un Nicolas Dupont-Aignan qui se rapprocherait encore une fois pour les élections européennes - ce qu'il n'a pas l'intention de faire par ailleurs - ne saurait suffire à faire une majorité.

Devenir les "nouveaux deux mille soixante-huitards". L'ex-députée FN du Vaucluse ne cache pas vouloir œuvrer avec son école à la reconstruction intellectuelle des droites, afin d'établir des passerelles idéologiques. Convaincue que "la bourgeoisie conservatrice et les classes populaires ont un souci commun, celui de leur identité", mais aussi celui de "la transmission de leurs patrimoines matériel et immatériel", précise-t-elle. Jeudi soir, à Paris, elle s'est donnée pour mission de sortir les "conservateurs de leur état de zombification, afin d'incarner les nouveaux deux mille soixante-huitards. Ce n'est pas de la politique, c'est de la méta-politique", a-t-elle défendu. Gramsci* un jour, Gramsci toujours.

Ce que compense Marion Maréchal. Un ministre du gouvernement Macron s'agaçait il y a quelques jours de cette créature que les "médias fabriqueraient". Les médias ne fabriquent jamais personne, pas plus Macron il y a deux ans que Marion Maréchal-Le Pen aujourd’hui. À chaque fois, leur exposition, peut-être leur sur-exposition médiatique, vient dire la faiblesse qu'ils viennent compenser. Hier, un président de la République dans l'incapacité de se représenter ; aujourd'hui, une patronne du FN durablement affaiblie, aussi bien qu'un président des Républicains coincé dans sa stratégie.

En effet, depuis un an, ce n'est pas le Front national qui est fragilisé, c'est sa tête qui est un astre mort. Ce ne sont pas les électeurs de droite qui ont disparu, c'est leur patron qui ne leur offre pas d'alternative. Ce sont eux qui font la force de l'attente suscitée par Marion Maréchal le Pen. Eux qui l'obligent à revenir.

* Antonio Gramsci est un philosophe et révolutionnaire marxiste italien du début du 20ème siècle. Ses concepts d'hégémonie, de culture et de crise sont très cités par les politiques de tout bord depuis plusieurs mois.