Immigration : Emmanuel Macron va-t-il souffrir d'un manque d'opposition ?

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L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
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À Calais, mardi, Emmanuel Macron a détaillé sa politique migratoire, mettant l'accent sur la fermeté. Une partie de ses soutiens l'a ouvertement critiqué.

Faute d’opposants constitués et audibles, et même de débat à l’intérieur de sa majorité, Emmanuel Macron a semble-t-il fini par s’habituer à n’entendre qu’une seule voix, la sienne et à n’en suivre qu’une seule, la sienne. Et comme ce sont deux voi-es ou -x, qui se sont articulées autour du concept du "en même temps", jusque-là l’apparence d’un contre balancement perpétuel semblait tenir la route. Mais quelques-uns sont venus lui rappeler mardi que ça ne marchait pas à tous les coups, alors qu'il était en visite à Calais pour y parler immigration.

Une tribune inattendue dans Le Monde. Dans une tribune parue dans Le Monde, ils étrillent de façon implacable la politique migratoire du président. "Pendant la campagne, votre présidence se plaçait sous les auspices d’un humanisme responsable et assumé", écrivent-ils. "Nous nous sommes hélas réveillés dans un pays où l’on arrache leurs couvertures à des migrants à Calais, où l’on lacère leurs toiles de tente à Paris, où des circulaires cherchent à organiser le recensement administratif dans les centres d’hébergements d’urgence." En bref : vous ne faites pas ce que vous avez dit que vous feriez.

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On ne choisit pas plus sa famille que ses amis, mais ce sont eux qui vous dévoilent le mieux

Et les signataires sont inattendus. Rien de moins, entre autres, que l’auteur de son programme économique, Jean Pisani-Ferry, ou encore Lionel Zinsou, ex premier ministre du Bénin et soutien affiché du candidat. Décidément, on ne choisit pas plus sa famille que ses amis, mais ce sont souvent eux qui vous dévoilent le mieux.

Il dénonce les mensonges des associations. À Calais, mardi, Emmanuel Macron s’est surtout montré très agacé, multipliant les allusions "aux déclarations à l’emporte-pièce" de ceux qui donnent des leçons d’humanité "depuis Paris, en regardant des photographies". En un mot comme en 100, "bobo parisien, loin de la réalité des Français". Quant aux associations qui dénoncent les agissements des forces de l’ordre sur les migrants, le président a été plus expéditif encore à leur endroit. "Fake news" leur a-t-il répondu, déplorant les "mensonges" diffusés "qui nuisent à notre efficacité collective", les accusant par ailleurs de faire le jeu des migrants en les poussant à s’installer dans l’illégalité. On n’est pas loin de l’ennemi de l’intérieur.

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Sur les valeurs, le "en même temps" de Macron est inopérant

"Fermeté" sur la politique migratoire, pourquoi pas. On peut discuter du sort des Dublinés [ceux qui doivent faire leur demande d'asile dans le premier pays européen où ils ont été contrôlés, NDLR], mais pas du minimum d’humanité à avoir à l’égard de toute personne sur le sol français. Sur les valeurs, le "en même temps" est inopérant, pour la plus grande contrariété du président, qui a surtout affiché mardi sa fermeture à l’endroit de tous ceux qui lui rappellent ses engagements et ses apories.

Depuis Calais, Emmanuel Macron a précisé sa vision de l'immigration, avant un projet de loi potentiellement explosif dévoilé en mars : "L’accueil inconditionnel ne veut pas dire l’accueil indifférencié. A ceux qui ne sont pas admis, nous devons faire en sorte qu’ils regagnent effectivement leur pays", a-t-il lancé. "Depuis tant d’années, nous faisons tout à l’envers. Nous pratiquons un accueil indifférencié, avec délai de traitement inacceptable, nous n’investissons pas assez pour intégrer pleinement celles et ceux qui sont admis au droit d’asile, et nous ne reconduisons pas celles et ceux qui s’installent de manière irrégulière.