Le RDV du Trocadéro, Fillon, Sarkozy et Juppé : la dernière présidentielle n'a pas encore livré tous ses secrets

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L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
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Si la campagne présidentielle n’a pas livré tous ses secrets, le livre de l’ancien directeur de campagne de François Fillon, Patrick Stéfanini, intitulé "Déflagrations", en dévoile quelques-uns.

"Le nez de Cléopâtre, s’il eut été plus court, toute la face de la terre aurait été changée", écrit Blaise Pascal dans ses Pensées. Et bien nous ne découvrons rien du nez de François Fillon dans Déflagration, le livre de son ancien directeur de campagne Patrick Stefanini, mais il y est question d'argent, encore d'argent. Patrick Stefanini révèle en effet que quelques affaires d'argent auraient pu modifier le cours de la dernière présidentielle. Dix lignes dans son livre et une enquête de Paris Match nous éclairent sur un étrange accord passé entre l'ancien Premier ministre et Nicolas Sarkozy.

Un accord financier entre deux adversaires. La scène se passe dans les bureaux de Nicolas Sarkozy, rue de Miromesnil à Paris, le 13 janvier. L'ex-président a été sèchement sorti par les électeurs à la primaire de droite, il reçoit le grand vainqueur et futur candidat de la famille, François Fillon. Et c’est un Nicolas Sarkozy tout miel qui accueille son ex-collaborateur. Et pour cause, au cours du déjeuner, il va lui demander un petit service : l’aider à rembourser une partie de sa campagne. Celle-ci lui a coûté 1,3 million d'euros, il doit également 300.000 euros au parti Les Républicains et réclame donc un petit arrangement. C’est un François Fillon "tout guilleret", raconte Patrick Stéfanini, qui revient à son QG, et qui demande que le nécessaire soit fait pour que la dette soit épongée, et comme LR renâcle, c’est son propre micro parti Force Républicaine qui va puiser dans sa cassette.

"Les bons comptes font les bons amis" pense certainement Fillon, qui croit peut être s’assurer ainsi de la bienveillance de Nicolas Sarkozy jusqu’à la victoire promise. Et si cette dette épongée expliquait effectivement que Nicolas Sarkozy ne soit jamais parvenu à lâcher François Fillon, quand il en était encore temps ? La face de campagne en eut peut-être été changée.

Le dépit d'Alain Juppé. Patrick Stéfanini revient sur un autre moment fort : au soir du rassemblement du Trocadéro, la droite est sur le fil de l’histoire, tout peut basculer. François Fillon va-t-il tenir ou partir ? Alain Juppé est-il prêt à reprendre le flambeau ? Le maire de Bordeaux regarde le candidat à la télé, il comprend qu’il a décidé de tenir. Impossible d’y aller dans ces conditions. Les amis d’Alain Juppé appellent Stéfanini : "Patrick, Alain est en train de lâcher, il faut que tu l’appelles". Stéfanini s’exécute. "Je décroche, parce que c’est vous, mais ma décision est prise", lui répond Alain Juppé. Et c’est celui qui vient juste de quitter la campagne de François Fillon, Patrick Stéfanini en personne qui rappelle à son tour les plus proches d’Alain Juppé. "Mais qu’est-ce que vous foutez à paris, c’est le week-end où l’avenir de la droite se joue et vous laissez Juppé déménager dans son coin à Bordeaux, je rêve".

C’est l’équipée nocturne de Gilles Boyer et de Benoist Apparu qui sautent dans leur voiture, direction Bordeaux, et y arrivent au petit matin. S'en suit une dernière entrevue avec celui qui "aurait pu", mais qui n’a pas voulu, car pas soutenu. Il le savait. Mais Alain Juppé a aussi sans doute été victime - mais ça il ne le savait pas - de cet étrange arrangement financier entre deux hommes, qui a sans doute scellé la défaite de la droite.