Limitation à 80km/h : difficile de convaincre les Francais de l'utilité d'une telle mesure

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L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
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Les conducteurs rouleront désormais à 80 et non plus 90 km/heure sur les routes secondaires. La décision doit être prise mardi par le Premier ministre, et soulève déjà une sacré bronca.

"Si pour sauver des vies, il faut être impopulaire, je suis prêt à l’être". Voilà un homme, Edouard Philippe qui s’engage à inverser une courbe, et qui ne s’attend en aucune façon à recevoir des bordées de roses, mais plutôt des tombereaux d’insultes ! "Encore la vitesse, ce totem ?! Mais on a déjà augmenté le nombre de radars et ça n’a rien changé", ont hurlé les associations d’automobilistes. Les politiques s’y sont mis : "On va entraver plus encore la mobilité dans les territoires ruraux", s’est offusqué dimanche Gérard Larcher, le président du sénat. "Mais on va finir par pousser sa voiture avec mémère dedans !" a même philosophé Luc Ferry.

Une cause importante de mortalité. La réduction et le respect de la vitesse autorisée ne changeraient rien à la mortalité routière ? Sauf qu'a l’époque où j’ai passé mon permis - je vous laisse deviner l’année - il y avait plus de 12.000 morts par an sur les routes, c’était la première cause de mortalité des jeunes hommes. Depuis 2002, Jacques Chirac en ayant fait une priorité de son quinquennat avec notamment l’installation de radars fixes, la baisse de la mortalité a été importante et continue, jusqu’à s’établir l’an dernier à 3.477 tués.

La corrélation vitesse/accident. Mais depuis 3 ans, les chiffres sont repartis à la hausse. Relâchement individuel, nouveaux comportements dangereux liés à l’utilisation du portable, sans oublier l’alcool et les stupéfiants toujours. La vitesse n’est pas la seule responsable, mais mettre en doute la corrélation vitesse/accident est stupide. Même si, il faut l’avouer, ce n’est pas l’expérimentation bancale menée par l’ex-ministre Bernard Cazeneuve, sur moins de 100 km, sans conclusions possibles, qui permet d’affirmer que c’est au minimum 400 vies que l'on va sauver !

L'impression d'un vol. La voiture reste un instrument de toute puissance individuelle. Elle nous coûte cher, elle pollue, mais s’en prendre à elle est vécu comme attentatoire à notre liberté et contraire à l’esprit de progrès. Et qu’importe les vies gâchées, demander à quelqu’un 10 km/h en moins, c’est lui voler quelque chose, lui donner le sentiment qu’on le met à l’amende ou à l’arrêt. Et c’est pour cela que cette limitation est plus difficilement vécue encore dans ces territoires ruraux, ou la voiture n’est pas une option mais une obligation.

Grandeur et servitude des hommes politiques dont le job est de faire admettre que les comportements individuels sont corrélés au bien-être général ! Un peu comme l’acceptation face à l’impôt, on n’est jamais heureux d’en payer, mais si on comprend pourquoi on le fait, ça passe mieux