"Jean-Luc Mélenchon se complaît dans sa splendide solitude"

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L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
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Ce jeudi, Hélène Jouan se penche sur le cas du leader des Insoumis, qui tente de faire bonne figure malgré une baisse de forme.

Nouvelle mobilisation syndicale et étudiante jeudi contre les "réformes libérales" d’Emmanuel Macron. Jean-Luc Mélenchon compte sur la jeunesse pour enclencher, enfin, "le grand soulèvement". Avec des envolées telles que "Garrido, magnifique", "la presse, canon à merde" : pas de coup de blues pour le leader des Insoumis. Et le dernier post sur son blog, en date de mercredi, démontre qu’il a une tension de jeune homme ! Enfin, en tout cas, qu’il reste sous tension.

Rien ne va plus. Pourtant, tout s’affaisse autour de vous : vous vous résignez à reconnaître que votre adversaire Macron "a gagné le point" ; vous êtes brouillé avec toute la gauche, y compris celle qui a été votre alliée, communiste et Front de gauche. Vos propres troupes sont tellement insoumises qu’elles vous mettent en porte à faux sur l’essentiel : vous avez même dû vous fendre, tardivement, d’une lettre à la Licra pour vous désolidariser des propos d’une de vos médiatiques députées Danièle Obono, soutien de la porte-parole du Parti des indigènes de la République, Houria Bouteldja, qui frôle régulièrement la ligne rouge de l'antisémitisme et de l’homophobie.

Compter sur la jeunesse ? Vous vous êtes mis tous les syndicats à dos en leur reprochant d’être incapables d’unité, un comble dans votre bouche, jusqu’à vous attirer la réplique culte du leader de FO Jean Claude Mailly : "Keep cool mec, tu fais de la politique ou du syndicalisme ?". Il vous reste la jeunesse et "si elle se met en mouvement, c’est parti", croyez-vous mais pouvez-vous vraiment compter sur elle aujourd’hui ?

Nouveau shoot anti-presse. Vous vous repliez sur un carré de fidèles, "Garrido, magnifique", même si cette dernière vous a préféré Bolloré, mais "c’est pas de sa faute, c’est celle du CSA", et vous vous offrez un nouveau shoot anti-presse, la meute, "la meute qui aime l’info comme le fromage, elle préfère que ça pue", écrivez-vous. Vous la menacez, quand elle ose mener des investigations sur vous, jusqu’à créer un onglet sur votre blog réservé aux "questions malveillantes".

Incapable d'ouvrir les bras. Pas au mieux de sa forme, le leader de la France Insoumise, en fin connaisseur de l’histoire politique, sait mieux que quiconque que la gauche n’est jamais arrivée au pouvoir que dans l’alliance de toutes les gauches, socialistes et communistes hier, étendue ensuite aux écologistes. 1936, 1981, 1997 et même 2012. Aujourd’hui, Jean-Luc Mélenchon se complaît dans sa splendide solitude, incapable d’ouvrir les bras à d’autres que sa garde très rapprochée, de nouer le dialogue, d’enclencher une dynamique. Ce n’est pas Boulogne-Billancourt qu’il désespère mais les sept millions d’électeurs qui ont voté pour lui il y a six mois. Un jour ou l’autre, il sera à son tour comptable de l’échec qu’il construit, tout seul, en pleine conscience.