Discours de Macron aux quartiers : rien ni personne oublié !

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L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
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Emmanuel Macron tenait mardi son premier discours aux quartiers et villes en difficulté, un discours de rupture.

Pour la première fois depuis que la politique de la Ville existe, Emmanuel Macron a tenté de changer de paradigme : finie la politique ad hoc dédiée à un type de population, qui vit dans un type d’urbanisme et supporte des problèmes spécifiques, c’est sa "philosophie politique" globale que le président a défendue mardi, l’image des premiers de cordée hissant les suivants développée pour la première fois à l’intention des plus fragiles. Pas de nième plan Marshall donc pour les banlieues, même si – chacun ses contradictions -, il n’a pas échappé à l’énumération d’une batterie de mesures. "On ne réglera pas le problème de l’assignation à résidence des femmes et hommes qui vivent dans ces territoires à coups de milliards, mais en relançant la mobilité de toute la société", a-t-il déclaré. Primat de l’économie donc, c’est une conviction discutable du président, et mobilisation de toutes les autres politiques, sociale, éducative, culturelle et pénale pour redonner sa chance à chacun et donc redonner du sens à la cohésion républicaine.

La "responsabilité" de la République. Et c’est sur la responsabilité de la République que le président a tout particulièrement insisté. Il y a exactement deux ans, alors qu'il était encore ministre de l’Economi, Emmanuel Macron s’était sévèrement fait recadrer par son Premier ministre de l’époque. Au lendemain des attentats des terrasses et du Bataclan, il avait osé parler de "terreau sur lequel les terroristes avaient réussi à nourrir la violence, ce terreau de la défiance, ce terreau est notre responsabilité", avait-il dit. "Indigne de vouloir tenter d’excuser l’inexcusable", avait tempêté Manuel Valls.

Devenu président, Emmanuel Macron n’a rien renié, mieux, il s’en est expliqué : "ceux qu’on appelle les radicalisés sont nés et ont grandi dans notre République. Cette radicalisation s’est installée parce que la République a démissionné", a-t-il dit. C’est le retour d’une République inclusive qui fera pièce à la radicalisation, mais dans le même temps, pas question de "céder un pouce de territoire républicain à ceux qui proposent de sortir de la République", a-t-il encore ajouté. Une posture qui se veut à équidistance entre la gauche victimaire et l’extrême droite ou même la droite, promptes à mettre tout le monde sous le même voile

Une contradiction entre les actes et la parole ? Chacun jugera de la pertinence de ce discours aux résultats. L’Elysée a l’habitude de servir régulièrement aux journalistes une métaphore : "nous avons le quinquennat pour construire un mur, mur de réformes, ne vous arrêtez pas à chaque brique que nous posons". Mardi, le président a ajouté une brique à ce mur. Reste à s’assurer que les fondations sont solides. Les emplois aidés ne sont peut-être pas une solution durable, mais enlever un pansement sur une plaie, est-ce la meilleure façon de la soigner ? Pressuriser les acteurs HLM est-il de nature à aider ceux qui ont le plus besoin de logements sociaux ? L’ex-ministre de la Ville, Jean-Louis Borloo s’est lui laissé convaincre par la gageure. "C’est toi le mec de Rothschild qui va réussir cette politique pour la France tragique", aurait-il dit au président avant de s’enrôler à ses côtés.