Comment bien accompagner son enfant quand on est père ?

, modifié à
  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
Antidote est une chronique de l'émission La vie devant soi
Partagez sur :

Dans sa chronique du jour, Anne Cazaubon s'intéresse à ces pères qui préfèrent guider leurs enfants dans les épreuves qu'ils sont amenés à rencontrer, plutôt que de les lâcher dans le grand bain, sans aide.

Tous les jours avec Anne Cazaubon, on en apprend un peu plus sur le développement personnel. Et le mercredi, vous nous parlez des petits.

Des petits qui ont follement besoin des grands ! Je voudrais surtout partager avec vous la scène qui s’est déroulée sous mes yeux ce matin, comme un clin d’œil annonciateur de ce qui approche à grand pas. Je vous rappelle, à toutes fins utiles, que dans quatre dodos, c’est la fête des pères.

Ce matin, ma cuisine en travaux, fut donc le théâtre d’une magnifique leçon de développement personnel. Le chef de chantier (qui fait des merveilles avec le gros œuvre, croyez-moi)est venu accompagné de sa fille, une adolescente, qui profite de ses vacances pour filer un coup de main à son père sur de menus travaux, et ainsi se faire un peu d’argent de poche. Il m’explique que c’est important de montrer aux enfants la valeur du travail, et qu’ainsi elle saura exactement à quoi attribuer chacune de ses dépenses, à savoir quelques gouttes de sueur supplémentaires sur son front. Oui, le prochain ciné entre copines, c’est à ce parquet qu’elle aura décapé pendant plusieurs heures qu’elle le devra.

Tout au long de la matinée, la jeune fille fait donc des allers-retours entre mon appartement, et un autre chantier à quelques rues de là. Le seul hic, c’est que levée aux aurores, elle n’a pas véritablement les yeux en face des trous et très vite, elle se retrouve perdue dans le quartier. Elle appelle alors son père. Je n’entends pas ce qu’elle dit, mais j’ai juste en face de moi le magnifique spectacle d’un père inquiet pour sa fille au bout du fil : "T’es perdue ? Mais comment ça ? Bah tu rebrousses chemin, et tu reviens ici." Je vois son œil qui s’inquiète et ni une, ni deux, il s’excuse en claquant la porte, pour filer la chercher.

De retour cinq minutes plus tard, il se remet au travail quand tout à coup, le portable sonne. "Mais concentre-toi ! Regarde le nom des rues, mais c’est pas possible !" Doté d’une autorité naturelle, mais jamais méchant ou cassant, il aiguille et quand il sent que définitivement, son ado ne retrouvera pas le chemin toute seule à nouveau, il file à sa rescousse !

Il revient, à nouveau, se confondant en excuses : "Bon cette fois, elle est sur des rails. Je suis désolé." Sauf que quelques minutes plus tard, le portable sonne de nouveau. Trois fois, oui, trois fois, ce père est descendu, chercher sa fille, en courant, dans tout le quartier pour, à 3 reprises, lui faire éviter de vivre la sensation d’être perdue, d’angoisser, seule dans la rue. À trois reprises, sans s’énerver, il a essayé de la rendre autonome, en l’écoutant, en guidant et quand ça ne marchait pas, quand il sentait que ça n’était pas le moment pour elle (parce que de toutes façons, ça n’était pas le moment pour lui), il s’est rappelé la plus grande de ses priorités à cet endroit-là, lui, face au chantier de ma cuisine. Et ni une, ni deux, il n’y avait visiblement aucun débat.

Plutôt que de faire comme tous ceux qui balancent leurs enfants dans le grand bain pour qu’ils apprennent à nager (ou plutôt à survivre), en leur fourguant au passage l’effroi ou le trauma qui va avec, bien planqué derrière un "il faut qu’il s’endurcisse ! La vie est dure, qu’est-ce qu’il croit !", ce père-là, avait choisi d’être celui qui longe la piscine pendant que l’enfant fait des longueurs, en tendant une perche au cas où. Oui, ce sont tous ces papas qui ont choisi de courir derrière ce vélo auquel on vient d’enlever les petites roues, que l’on va célébrer dimanche prochain.