5:59
  • Copié
SAISON 2013 - 2014, modifié à

À Gao, la vie reprend son cours après le départ des islamistes. Xavier Yvon nous raconte la reconstruction de la ville.

Xavier Yvon, grand reporter à Europe 1, en direct de Gao.

Ses principales déclarations :

 

Qu'est-ce qui a changé à Gao ?

"Ce qui m'a d'abord sauté aux oreilles, c'est le brouhaha du marché. Il était désert et détruit il y a neuf mois quand je suis venu une première fois : aujourd'hui, les poissons fraîchement pêchés du Niger sont vendus à même le sol, les femmes sont revenues. Elles font un geste qu'elles avaient du bannir : se pencher en avant vers les marchands, posture interdite, jugée trop indécente par les islamistes, pour vous dire à quel point ils réglaient chaque détail de la vie quotidienne. La grande place où l'on pratiquait les amputations est redevenue un terrain de jeu ; les grands panneaux noirs menaçants aux messages à la gloire de la charia sont recouverts d'affiches électorales et d'appels à la prudence face aux mines."

"Les femmes ne sont plus voilées, sauf celles qui l'étaient avant. Les salons de coiffures ont rouvert. Une maquilleuse que j'ai rencontré est encore euphorique, 9 mois après, de ne plus avoir à se couvrir de la tête aux pieds."

"Il reste beaucoup chose à faire : chômage, service public. Sur une radio locale, Malik dénonce ce qui ne va pas. Il l'a fait sous les islamistes jusqu'à se faire tabasser dans son studio. Aujourd'hui, il critique les nouvelles autorités, même celles qui portent les armes, disant que certains militaires maliens sont corrompus, embêtent, arnaquent les gens. Il dénonce des intimidations. Très influent, il pourrait régler le problème qui exaspère le plus la population de Gao : l'électricité. Avant, le courant était présent 24h/24, aujourd'hui on ignore si on aura de l'électricité demain, et combien de temps. Il a appelé les gens à manifester : les autorités ont annoncé l'arrivée de techniciens !"

"Selon les militaires français, aucun incident depuis 3 mois mais ils sortent en formation dissuasive : 3 véhicules, au moins 9 hommes, gilet pare-balles, armes au poing. Le climat s'est détenu mais la population reste suspicieuse, toujours traumatisée. Cela conduit à des cas d'arrestations arbitraires : un jeune homme m'a montré sa cicatrice sur le crâne, coup de crosse d'un gendarme malien. Musulman très religieux, il a été dénoncé comme jihadiste par ses voisins."

"Les soldats français au quotidien comblent les lacunes des autorités maliennes : reconstruction du marché, réfection d'une maternité, retour de l'eau courante. Pas de l'humanitaire disent les militaires : ils font ça pour des raisons de sécurité."

"Dans les rues, des bars ont rouvert. Et un signe qui en dit long, m'a dit un journaliste local : les prostituées sont de retour, elles avaient été les premières à partir à l'arrivée des islamistes."