Y a-t-il deux fois plus de faillites en banlieues car les entreprises sont 10 fois moins accompagnées ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Aurélien Taché affirme qu'il y a deux fois plus de créations d’entreprises dans les banlieues, mais deux fois plus de faillites car elles sont 10 fois moins accompagnées.

Vrai-Faux : les ambitions du gouvernement pour les Banlieues.

Le président doit dévoiler aujourd’hui de nouvelles mesures pour les banlieues, mais pas de plan Marshall,  a priori. Les quartiers "n’ont pas besoin d’argent de poche", a jugé le député  Aurélien Taché hier sur l’antenne d’Europe 1, mais de pragmatisme.

"Aujourd'hui vous avez dans les banlieues 2 fois plus d’entreprises qui sont créées qu’ailleurs, mais 2 fois plus qui échouent parce qu’elles sont 10 fois moins accompagnées".

Les banlieues sont un vivier d'entrepreneurs 10 fois moins soutenus que les autres. Vrai ou faux ?

C’est faux. Pas un de ces chiffres n’est exact, même s’ils émanent d’un rapport officiel, remis en 2015 au Premier ministre, mais les sources sur lesquelles s’appuient ce rapport ne disent pas ce qu’on leur fait dire. 

Les créations d’entreprises, par exemple, sont, c’est vrai, plus nombreuses dans les 1500 quartiers des politiques de la ville, mais pas deux fois plus. Pour gonfler ce taux, les auteurs incluent les transferts dans leur calcul (ces entreprises qui se déplacent en banlieues pour bénéficier d'exonérations). Si l’on exclue ces transferts, le taux de création pur atteint 17% dans les quartiers, contre 12% au niveau national. Mais ce taux est calculé par rapport au stock d’entreprises existant. En réalité, il se crée à peu près autant d’entreprises pour 1.000 habitants, dans les quartiers, que dans le reste de la France.

Le profil des créateurs n’est pas très différent, et si les échecs sont plus nombreux, c’est n'est pas deux fois plus : l’Observatoire des zones urbaines sensibles l’a établi en 2015. sept ans après leur création, 25,4% des entreprises des quartiers vivent toujours, contre 30% dans les villes qui les environnent… surtout parce qu’elles font face, dans leur territoire, à plus de défauts de paiement.

Et est-ce qu’elles sont 10 fois moins aidées ?

Non. Là, le rapport se basait sur les financements qu’accordent deux organismes aux projets des quartiers, en occultant les centaines, les milliers d’aides qui existent en soutien à la création (aides directes de l’État ou des collectivités, prêts bonifiés, baisse de charges…) Personne n’est  capable de les recenser. La Cour des compte parle d'un véritable mille-feuille, et s’y est cassé les dents.

Donc pour y voir clair, nous avons repris un rapport récent qui recense tous les dossiers suivis, en 2014, par les 9 plus grands réseaux d’aide à la création d’entreprise. 8% des 55 000 créateurs qu’ils ont financé cette année-là étaient dans les quartiers, donc proportionnellement aux populations que ela représente, ils les ont davantage aidées : ces seuls 9 organismes ont soutenu 14% de toutes les créations des banlieues, contre 10% des autres.

Et les sondages réalisés auprès des entrepreneurs le montrent : l'accès au financement, à l'accompagnement, il fait défaut partout.

Les handicaps spécifiques aux banlieues existent, pourtant :  les créateurs ont plus de mal à décrocher un prêt, à se construire un réseau, à développer leur clientèle dans des territoires économiquement sinistrés. Et ils affrontent des problèmes de formation aussi, car le niveau de diplôme pèse lourd dans la réussite. Or cela, le gouvernement l'a identifié : 15 milliards de son grand plan d’investissement seront orientés, d'ici 2022, vers la formation.